Reportage international

Royaume-Uni: les hôpitaux sous pression alors que le pays passe le cap des 100000 décès du Covid

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Une infirmière écrit un message sur un «mur d'inspiration» créé pour le personnel du service Covid-19 de l'hôpital universitaire de Milton Keynes, le 20 janvier 2021, alors que la pandémie atteint des records de nouvelles contaminations chaque jour.
Une infirmière écrit un message sur un «mur d'inspiration» créé pour le personnel du service Covid-19 de l'hôpital universitaire de Milton Keynes, le 20 janvier 2021, alors que la pandémie atteint des records de nouvelles contaminations chaque jour. REUTERS - TOBY MELVILLE

Au Royaume-Uni, le bilan des décès dus au Covid a désormais franchi le cap symbolique des 100 000 morts depuis le début de la pandémie. Les chiffres de l’ONS (l’Office national des statistiques) incluent les morts enregistrés jusqu’au 15 janvier et sont basés sur les certificats de décès. Ce bilan survient après une explosion des cas de Covid, le mois dernier, ce qui fait de la Grande Bretagne l'un des pays les plus affectés dans le monde avec son taux de mortalité dû à la pandémie.

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En Angleterre, les hôpitaux atteignent désormais la limite de leur capacité d’accueil en soins intensifs et la pression sur le personnel soignant est énorme.

La voix altérée par la fatigue et l‘émotion et profitant d’un rare moment de répit pour Ruth May. Cette infirmière a, il y a quelques jours, voulu partager sur les réseaux sociaux cet appel à la prudence. « C’est vraiment difficile... S’il vous plaît, respectez les règles… Les soignants travaillent si dur… »

Comme tant de soignants, la jeune femme est minée par l’épuisement et le découragement. Dans tout le pays, les hôpitaux sont submergés par l’afflux de malades alors que le pays continue à subir de plein fouet les effets du variant du Covid, beaucoup plus contagieux. Le docteur Robert Hirst travaille depuis 7 ans aux urgences de l’hôpital Musgrove Park de Taunton, non loin de Bristol ; le médecin avoue n’avoir jamais connu pire scénario.

« La situation est assez catastrophique dans mon hôpital ; il n’est pas rare que 90% de nos lits soient occupés et nous avons surtout ce nouveau variant viral qui est plus contagieux. Donc oui, c’est dur, d’autant que pour beaucoup de ces patients on ne peut pas faire grand-chose à part des soins palliatifs et les médecins ont du mal à accepter cette idée… »

Même si un pic d’admissions semble avoir été désormais atteint, le taux d’hospitalisations reste très élevé car les malades qui ont besoin de soins lourds restent plus longtemps. Qui plus est, contrairement à la première vague en mars, les services hospitaliers ont cet hiver continué à accueillir des malades pour d’autres traitements et opérations. Mais il y a un problème plus fondamental de sous-investissement chronique, comme l’explique l’infirmier Mark Farmer, représentant syndical pour la profession.

« Cette pression extrême que subit la profession est surtout due à une énorme pénurie de personnel soignant à Londres et à travers le pays. Rien qu’à Londres, il manque 9 000 infirmières. Avant même la pandémie, les hôpitaux ne fonctionnaient pas avec des équipes complètes et la conséquence de tout cela, c’est que les infirmières admettent qu’elles n’en peuvent plus, qu’elles ne peuvent plus continuer. »

Seule lumière au bout du tunnel, une campagne de vaccination qui pour l’instant fonctionne bien. Le gouvernement veut vacciner 15 millions de personnes d’ici la mi-février et avec près de 7 millions de doses administrées, le pari semble en passe d’être gagné. Néanmoins les médecins s’inquiètent du manque criant de stratégie claire du gouvernement de Boris Johnson. Le docteur Claudia Paoloni est anesthésiste à l’hôpital universitaire de Bristol et présidente du syndicat des consultants et spécialistes hospitaliers.

« L’approche du gouvernement est chaotique. Il devrait avoir une approche à plus long terme. Il devrait aussi réunir autour d’une table les économistes et les médecins pour résoudre la situation tous ensemble et non pas systématiquement opposer économie et santé parce que ce virus va rester parmi nous pendant longtemps et peut-être même pour toujours… »

Et alors que le Royaume-Uni vient de passer le cap de 100 000 décès et détient le triste record du pays le plus endeuillé d’Europe, les soignants multiplient désormais les appels à protéger et renforcer leurs équipes qui, malgré toute leur détermination, ne pensent pas pouvoir tenir plus longtemps à ce rythme.

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