Reportage international

En Birmanie, la révolution des femmes

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Des femmes tiennent des cordes avec des longyi pendus pour empêcher la police de voir correctement lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire dans le canton de Tharketa à Yangon en Birmanie, le 3 mars 2021.
Des femmes tiennent des cordes avec des longyi pendus pour empêcher la police de voir correctement lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire dans le canton de Tharketa à Yangon en Birmanie, le 3 mars 2021. © Theint Mon Soe/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

En Birmanie, la violence de la répression ne semble pas s’arrêter. Avec plus de 200 morts selon les médias locaux, les Birmans sont toujours dans la rue. Dans ce pays très patriarcal, les femmes sont désormais en première ligne et essaient d’inventer de nouveaux moyens de contester le pouvoir des militaires… Carol Isoux est allée à la rencontre de groupes de féministes birmanes qui organisent la résistance de l’autre côté de la frontière, dans le nord de la Thaïlande.

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De notre correspondante en Birmanie,

Elles appellent ça la révolution du longyi, du nom de la jupe traditionnelle portée par les hommes et les femmes en Birmanie. Partout dans le pays les femmes se sont mises à étendre les jupes ou leurs sous-vêtements en hauteur, sur des cordes à linges ou des fils électriques. Une arme peu orthodoxe mais très efficace contre les militaires comme l’explique Hseng Noung, membre d’un réseau de femmes de la minorité ethnique Shan, installée au nord de la Thaïlande d’où s’organise la résistance civile à l’armée.

« La plupart des hommes birmans pensent qu’ils sont supérieurs aux femmes, nous dit Hseng Noung, et que s’ils touchent un sous-vêtement féminin ou n’importe quel vêtement porté en-dessous de la taille par une femme, ils perdront ce pouvoir masculin invisible. Les Birmans testent différentes façons de manifester pour éviter le bain de sang et ça marche bien, beaucoup de militaires n’osent pas passer sous ces cordes à linge. »

Mais les femmes ne se contentent pas d’étendre leurs sous-vêtements, depuis le début du mouvement des très jeunes femmes s’illustrent par leur courage sur les terrains dangereux. Mya Twettwet Khaing, la première victime du mouvement abattue d’une balle dans la tête dans la ville de Naypidaw, avait 19 ans. Sa camarade Kyal Sin, 20 ans, morte à Mandalay, est devenue l’autre martyre féminine du mouvement. Pour la chercheuse et activiste karen May Oo Mutraw, beaucoup de femmes birmanes, et notamment les plus jeunes, se battent désormais contre l’armée aussi en tant que symbole du patriarcat.

« L’armée birmane est un club exclusivement masculin depuis toujours, explique la chercheuse. Le gouvernement aussi, la politique, tout ça... Ce sont des affaires d’hommes en Birmanie, même si quelques femmes participaient depuis le mouvement d’Indépendance. Aung San Suu Kyi est une femme, oui, mais elle ne s’est jamais définie comme féministe, ne s’est jamais intéressée aux problématiques de genre ni entrepris aucune action. Aujourd'hui, les féministes birmanes savent que si elles n’attaquent pas les deux problèmes de front, l’oppression de l’armée et le patriarcat, même quand elles auront gagné une bataille, il leur faudra se battre encore. »

Le viol comme arme de guerre par l’armée birmane, notamment dans les zones ethniques, a été largement documenté. Les femmes birmanes sont debout partout dans le pays, dans le cas d’un retour durable de l’armée au pouvoir, ce sont elles qui ont le plus à perdre.

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