Reportage international

La Biélorussie privée d’Eurovision, une petite victoire pour l’opposition

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Des femmes portant des vêtements aux couleurs de l'ancien drapeau blanc et rouge de la Biélorussie défilent dans les rues sous des parapluies pour protester contre les résultats de l'élection présidentielle biélorusse à Minsk, le 16 décembre 2020 (Photo d'illustration)
Des femmes portant des vêtements aux couleurs de l'ancien drapeau blanc et rouge de la Biélorussie défilent dans les rues sous des parapluies pour protester contre les résultats de l'élection présidentielle biélorusse à Minsk, le 16 décembre 2020 (Photo d'illustration) © AFP

Huit mois après le scrutin décrié en Biélorussie qui a vu Aleksandr Loukachenko proclamer sa réélection pour un sixième mandat, la contestation populaire a été étouffée et l’opposition est dans une mauvaise passe. Mais elle aura au moins obtenu une petite victoire : l’exclusion du concours de chansons de l’Eurovision de la chanson choisie par le pouvoir.

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De notre correspondant,

Dans son studio à Baranavitchy, le groupe Galasy ZMesta nous présente sa toute nouvelle composition Nous ne verrons pas Rotterdam. La ville néerlandaise accueille l’Eurovision cette année, et le pouvoir biélorusse avait choisi Galasy ZMesta pour y représenter le pays, mais les organisateurs ont rejeté la chanson proposée Ya Nauchu Tyebya.

« Je t’apprendrai à suivre la musique », entend-on dans le refrain. Des internautes anti-régime se sont plaints, car ils y ont perçu une allusion à la police anti-émeute – qui réprime violemment les manifestations. Mais le chanteur de Galasy ZMesta, Dmitry Butakov, dément. Il dit que « c’est une chanson normale, légère, ironique – ou ces manifestants sont tellement des saints qu’on n’a même pas le droit de se moquer d’eux ? »

Pourtant Boutakov reconnaît ironiser sur le mouvement qui considère la réélection d’Aleksandre Loukachenko comme frauduleuse et illégitime. « Ils n'ont même pas attendu les résultats officiels, reproche le chanteur. Le jour même de l'élection, les places de la ville étaient noires de monde. Ils ne pouvaient pas attendre pour voir ce qui se passerait et prendre des décisions mesurées ? C'est ça, ce qu'on critique. »

Depuis quatre mois, il n’y a plus de manifestations de masse. Arrestations violentes, amendes à hauteur d’un mois de salaire et peines de prison, le risque est trop grand. Dans un café de Baranavitchy, un jeune accepte de nous parler de la chanson, mais sous couvert d’anonymat. « La chanson insinue qu’on est des idiots, qu’on devrait se contenter de ce qu’on a, et que nos manifestations n’ont pas de sens. Moi je ne considère pas que nos manifestations n’aient pas de sens : nous nous battons pour notre liberté », insiste-t-il.

En sortant de la ville, nous voyons un homme se faire arrêter juste parce qu’il est habillé en rouge et blanc, les couleurs de l’opposition. Cette opposition-là, qui demande le départ immédiat du dictateur, n’est tout simplement pas tolérée. Pourtant, pour la première fois depuis 2003, un nouveau parti a vu le jour. Nous rencontrons son leader, Sergueï Lousch, à un concert pour fêter la coopération entre la Biélorussie et son grand voisin russe.

Son parti, Union, est pour le renforcement des liens avec Moscou, mais est-ce vraiment un parti d’opposition ? « Je pense qu’on peut nous appeler "opposition constructive" parce que nous avons un grand respect pour le président de la République, mais nous sommes pour une transformation politique à grand échelle », indique Sergueï Lousch.

Alors que les autres leaders d’opposition sont tous en prison ou en exil, Sergueï Lousch est libre. Sans doute parce qu'il représente le type d’opposant qui plaît à la Russie, dont le soutien est indispensable à Aleksandre Loukachenko pour rester au pouvoir.

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