Reportage international

À Majorque, la pandémie a semé la précarité

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Plusieurs personnes tiennent une banderole lors de la présentation de Sos Tourisme, un mouvement social et commercial qui résulte des revendications transversales de tous les acteurs de la chaîne de valeur touristique des îles Baléares, le 12 février 2021, à Palma de Majorque, Espagne. Lors de l'événement, les participants ont lu un manifeste dans lequel ils ont demandé, entre autres questions, le sauvetage du secteur et d'accélérer la campagne de vaccination pour sauver la saison.
Plusieurs personnes tiennent une banderole lors de la présentation de Sos Tourisme, un mouvement social et commercial qui résulte des revendications transversales de tous les acteurs de la chaîne de valeur touristique des îles Baléares, le 12 février 2021, à Palma de Majorque, Espagne. Lors de l'événement, les participants ont lu un manifeste dans lequel ils ont demandé, entre autres questions, le sauvetage du secteur et d'accélérer la campagne de vaccination pour sauver la saison. Europa Press via Getty Images - Europa Press News

Les îles Baléares connaissent une situation difficile en raison de la pandémie car l’essentiel de l’économie dépend du tourisme, or il s’est effondré car il n’y a presque plus de visiteurs. Après le mirage d’une semaine sainte où des milliers d’Allemands se sont déplacés, on vit dans l’angoisse de la précarité, du chômage technique, des faillites, et aussi d’une pauvreté grandissante.

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Avec François Musseau, notre correspondant à Majorque, la plus grande île de l'archipel des Baléares,

Dans le centre de Palma, la capitale de Majorque, la pauvreté est visible. La Croix-Rouge est débordée et plusieurs associations, ayant pour vocation l’entraide et la bataille contre l’exclusion sociale, ont fleuri face à la nécessité grandissante.

Natalia a 35 ans. Elle travaillait dans un hôtel depuis 10 ans, de manière stable. Elle doit, chaque jour, faire la queue pour emporter un repas gratuit. Depuis un an, elle ne travaille plus, elle touche le chômage technique. « J’ai perdu 700 euros par mois, soupire Natalia. Je suis mère de famille avec un enfant. Il faut payer les charges, l’électricité, l’eau, le gaz, le collège, les vêtements et mon mari n’a aucune rentrée d’argent. Il est musicien. »

L’association qui donne à Natalia des repas gratuits, Tardor, servait chaque jour 200 repas avant la pandémie, aujourd'hui, elle en sert environ 1 500. Presque huit fois plus. En cause, l’inflation des nouveaux pauvres qui sont pour la plupart des salariés dans des hôtels ou des restaurants désormais fermés, ou petits entrepreneurs touristiques sans clients en faillite ou au bord de la faillite.

« Le problème de cette pandémie, c’est qu’elle a laissé plein de gens sans revenu vital pour affronter le mois suivant, explique Carolina Sanders qui codirige l’association Tardor. Cela touche toutes les classes sociales, cette crise nous a tous laissés dans l’intempérie. »

Le grand problème des Baléares, c’est aussi leur dépendance économique à l’égard du tourisme qui s’est effondré. L'archipel compte un million d’habitants pour 14 millions de touristes par an, en général. Or, la plupart des hôtels sont fermés et l’essentiel des restaurants doivent se limiter aux terrasses et aux repas à emporter.

Raquel Fonderola tient un petit restaurant dans le centre de Palma. Sur ses huit employés, elle a dû en mettre la moitié au chômage technique et aider de sa poche deux d’entre eux, qui n’ont plus assez pour manger. Raquel a reçu un prêt de l’État de 70 000 euros mais ce n’est pas suffisant.

« Dans le monde de la restauration, tout me parait injuste, regrette-t-elle. Ils nous permettent d’ouvrir, puis nous obligent à fermer. Ils nous préviennent soudainement et il n’y a pas d’aides. Ou sont les aides ? Jusqu'ici, les faibles aides qu’ils nous ont apportées, ils faut les rendre, ce ne sont donc pas des aides, mais des prêts. »

Des centaines d’hôteliers sont en faillite ou au bord de la faillite. Sur la côte, des bourgades, en générale très touristiques, sont sinistrées. On peut lire partout cette pancarte « SOS Tourisme ». L’espoir renaît avec une aide d’un milliard d’euros promise par Madrid, mais personne ne sait quand cet argent va arriver.

La présidente de le fédération hôtelière de Majorque Maria Frontera est très inquiète. « Le problème est que la dynamique touristique dépend des décisions sanitaires que prennent des gouvernements étrangers » selon elle.

Depuis le début de la pandémie en mars 2020, le PIB des Baléares a chute de 21%, contre 10% en Espagne. Soit cinq fois plus que lors de la crise économique de 2008. Les économistes parlent ici, « d’économie d’après guerre ».

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