Reportage international

Autriche: l’institut Ludwig Boltzmann veut faire la lumière sur les maternités nazies

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Photo montrant le rituel de baptême d'un enfant; dirigée par des membres de la SS lors d'un «Lebensborn e.V.», une maison de soins de maternité à Rheinhessen entre 1936-1944 (photo d'illustration).
Photo montrant le rituel de baptême d'un enfant; dirigée par des membres de la SS lors d'un «Lebensborn e.V.», une maison de soins de maternité à Rheinhessen entre 1936-1944 (photo d'illustration). © Bundesarchiv, Bild 146-1969-062A-58 / CC-BY-SA 3.0

En Autriche un institut de recherche veut faire la lumière sur une page sombre de l’histoire : les maternités créées par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. La plus grande se trouvait à quelques kilomètres de Vienne. L’institut autrichien Ludwig Boltzmann a lancé un appel à témoin afin de recueillir des informations sur le quotidien dans cette maternité et sur les enfants qui y sont nés. 

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Entre 1936 et 1945, les nazis installèrent dans plusieurs pays d’Europe une vingtaine de maternités. La plus grande se trouvait à Feichtenbach, à 70 km au sud de Vienne. L’institut Ludwig Boltzmann souhaite aujourd’hui savoir ce qu’il se passait réellement dans ce lieu, c’est pourquoi il a lancé un appel à témoin.

« Les nazis ne voulaient pas perdre ce qu’ils considéraient comme du "bon sang". Ces maternités visaient donc d’abord à empêcher les femmes enceintes célibataires d’avorter. Des femmes mariées pouvaient également y accoucher mais seulement si elles étaient "aryennes" selon les critères nazis, explique Lukas Schretter, chercheur au sein de l'institut Ludwig Boltzmann. L'objectif était de perpétrer ce que les nazis considéraient comme une élite. Aujourd'hui nous voulons combler certains manques dans la recherche, notamment sur le quotidien dans la maternité de Feichtenbach, que se passait-il réellement derrière ces murs ? »

Valentin Erben est né dans cette maternité en mars 1945. Il n’en a aucun souvenirs et n’a obtenu de ses parents que de rares informations à ce sujet. « Ma mère m'a dit un jour qu'il y avait une sorte de rite de baptême, terrible. On plaçait symboliquement un poignard sur la poitrine du nouveau-né et la mère devait s'engager à élever l’enfant dans l'idéologie nazie. Mes parents croyaient en Hitler mais ces symboles et rites extrêmes les ont choqués. Ils ne nous parlaient pas de cette histoire car je crois qu’ils voulaient oublier », raconte-t-il.

C’est après la mort de ses parents que Valentin Erben a ressenti le besoin de lire et faire des recherches pour comprendre son histoire. Comme lui, beaucoup d’enfants nés dans ces maternités ont été confrontés au tabou mais aujourd’hui, il est temps de le briser.

« Cela fait partie de mon identité et aussi longtemps que je vivrai cette histoire m’accompagnera. Mais je porte le poids du non dit. Que l’on s’intéresse enfin à cette histoire me rend donc heureux, je trouve qu’en parler est positif. Ce serait également bien qu'on installe une plaque commémorative sur les lieux à Feichtenbach qui explique ce qu'il y avait ici. »

Problème : le bâtiment a été vendu à des investisseurs privés. Et Valentin Erben a pu constater qu’il tombait en ruine et était vandalisé, à son grand regret.  

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