Reportage international

Un village coréano-chinois sème la zizanie

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Un groupe de sud-coréens se baladent dans les rues de Séoul, le 24 février 2021 (image d'illustration).
Un groupe de sud-coréens se baladent dans les rues de Séoul, le 24 février 2021 (image d'illustration). AFP - ED JONES

Les différents culturels entre Chine et Corée du Sud n’en finissent plus de faire couler de l’encre au pays du matin calme. Vêtements traditionnels, plats, série télévisée, les débats historiques entre les deux voisins se multiplient ces derniers mois, mais récemment c’est un projet de construction d’un village culturel coréano-chinois dans l’Est de la Corée du Sud qui concentre l’opposition à l’influence chinoise. Une pétition rassemblant plus de 670 000 personnes demande l’abandon du projet. 

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À une centaine de kilomètres à l’est de Séoul, des enfants jouent autour de quelques maisons et de vastes hectares de terrain à l’abandon. Difficile d’imaginer sortir de terre ce que le gouvernement de la province de Gangwon appelle un village culturel coréano-chinois et que ses opposants qualifient de China Town. Malgré la vague de contestation, les principaux concernés, ne semblent pas bien informés sur le projet pourtant annoncé en 2019. 

« J’ai entendu parler du projet de China Town ici, mais nous les habitants on n’a pas vraiment de détails spécifiques, je n’en sais pas assez pour vous dire si je suis pour ou contre. La plupart des gens ici ne sont pas au courant, ils savent juste qu’il y a du terrain libre qui appartient à la région. »

Kim Soun Ha, gère une supérette dans ce hameau depuis 25 ans. Mais c’est dix kilomètres plus loin, dans la capitale de la province à Chuncheon que l’opposition au projet est plus vive. Devant l’hôtel de région des banderoles appellent à son abandon. Ce gérant de café également 

« Je suis opposé au projet, la manière dont il a été conçu pose problème et le gouvernement l’a mal présenté, explique-t-il. Si beaucoup de Chinois viennent, cela peut détruire notre culture, car ils ne s’adaptent pas aux coutumes locales. Et puis les affaires autour du Kimchi, du Hanbok, cela montre les intentions de la Chine par rapport à la Corée du Sud, et leur volonté d’influencer notre culture. »

Les internautes des deux pays s’affrontent fréquemment sur l’origine nationale de vêtements ou de nourritures traditionnels. Et ce qui est vécu comme une volonté d’hégémonie culturelle chinoise, s’accompagne aussi de stéréotypes. Comme chez Kim Ou Bin, gérant d’un restaurant du plat phare de la région le Dagkalbi. 

« Sur internet ils expliquent ce que font les Chinois ici, ils sont outranciers, ne respectent pas les habitudes des locaux, je n’aime pas leur comportement la façon dont ils gagnent de l’argent. Ici, les gens sont plus innocents, si les Chinois viennent ils pourraient exploiter l’innocence de ma famille par exemple… », craint le restaurateur.

Des clichés qui visent aussi les Sud-Coréens d’origine chinoise, dont une partie sont installés à Incheon dans la grande banlieue de Séoul.

C’est là que se trouve ce qui est encore le plus grand China Town du pays. Park Son A, la trentaine nom coréen mais fils de chinois, tempère le sentiment d’hostilité vis-à-vis de son pays d’origine. 

« Je suis neutre cette histoire de China Town, ce serait bien d’avoir un autre village comme celui-ci car c’est une attraction touristique. Mais d’un autre côté je comprends le sentiment des Sud-Coréens qui ne veulent pas d’étranger chez eux. Je ne ressens pas de rejet de la Chine en tant que pays mais plutôt le rejet des personnes d’origines chinoises qui vivent ici », témoigne-t-il.

Face à l’importance de la polémique l’un des partenaires principaux, l’opérateur Kolong Global s’est d’ores et déjà retiré du projet. 

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