Les dessous de l'infox, la chronique

«Le deepfake», outil de campagne en Inde

Audio 02:13
Le journaliste indien Nilesh Christopher (capture d'écran).
Le journaliste indien Nilesh Christopher (capture d'écran). @NilChristopher

Retour sur une élection qui s’est tenue le 8 février en Inde. D’après les travaux du journaliste indien Nilesh Christopher, spécialiste des nouvelles technologies, le parti au pouvoir le BJP aurait diffusé des vidéos truquées, autrement dit des « deepfake » pour faire campagne à Delhi contre le candidat sortant, Arvind Kejriwal, du parti Aam Aadmi, qui l’a emporté malgré tout.

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Le « deepfake », une vidéo fallacieuse produite grâce à l’intelligence artificielle, permet de mettre n’importe quel discours dans la bouche d’une personne. C’est une première dans le cadre d'une élection, et cela fait polémique, car le recours à l’intelligence artificielle ouvre des perspectives infinies, de plus en plus difficiles à détecter.

En l’occurrence, le chef du BJP pour la région de Delhi, Manoj Tiwari, est apparu s’exprimant en anglais, mais aussi dans un dialecte hindi, le Haryanvi, avec la voix d’un imitateur, semble-t-il, pour s’adresser à une communauté ciblée, celle des travailleurs migrants parlant ce dialecte, et les inciter à voter pour son parti, en dénigrant – dans leur langue – le candidat sortant Arvind Kejriwal et ses promesses non tenues.

Au vu du résultat de l’élection qui a remis en selle à Delhi l’opposant au BJP, la manipulation n’aura pas servi à grand-chose, si ce n’est à faire le buzz grâce au travail d’un journaliste indien, Nilesh Christopher, qui a détecté le trucage de la vidéo, la substitution d’un discours par un autre, dans la bouche de l’homme politique. Une manœuvre qui s’avère indétectable aux yeux et oreilles des non spécialistes, et donc des électeurs potentiels.

Manoeuvre du BJP ?

Le journaliste indien qui a publié son enquête sur le site Vice news, est entré en contact avec l’un des responsables du BJP en charge des réseaux sociaux et technologies de l’information. Neelkant Bakshi aurait alors évoqué un partenariat avec une boîte de com', Ideaz Factory, chargée de créer cette campagne de publicité politique dans le but de démarcher une base électorale multilingue. Le responsable en question aurait même précisé à Vice news que la vidéo a pu être relayée sur 5 800 comptes WhatsApp dans la région de Delhi, et touché 15 millions de personnes.

Mais une fois le subterfuge porté à la connaissance du public, le parti de Narendra Modi a commencé à prendre ses distances vis-à-vis de la société ayant produit les vidéos.

Car il y a bien de quoi être embarrassé par cette pratique. Avec de telles vidéos, il ne sera bientôt plus possible de savoir qui dit quoi sur les réseaux sociaux. Jusque-là, les deepfake circulaient de façon un peu expérimentale, souvent repérable. Mais ce que l’on peut constater à l’occasion de cette campagne en Inde, la réalisation de ce type de vidéo est en train de s’améliorer.

« Deepfake » en politique, une menace pour la démocratie

On est désormais loin des démonstrations approximatives répandues dans l’industrie pornographique, associant le visage de célébrités à des scènes tournées par des acteurs de films X. S’agissant de manipulation d’images à des fins électorales, l’enjeu est tout autre. Et l’intelligence artificielle permet vraiment de faire coïncider un discours fabriqué avec les lèvres du candidat bien mieux qu’un doublage au cinéma. Détecter ces infox avant qu’elles ne touchent leur cible relève d’une course de vitesse, où le faux a toutes les chances de se répandre plus vite que le vrai.

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