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Atelier des médias

Coronavirus et surveillance de masse: entretien avec Olivier Tesquet

Audio 31:52
Orbon Alija / Getty Images

La surveillance de masse est-elle en train de se répandre sur la planète à la faveur de la pandémie de coronavirus ? Pour en discuter, L'Atelier des médias a reçu Olivier Tesquet, journaliste à Télérama, spécialiste des questions liées au numérique.

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Olivier Tesquet observe minutieusement, depuis une dizaine d’années, les dispositifs de surveillance à travers le monde. C'est un travail qu'il a débuté d’abord chez Owni, un média en ligne dédié aux questions du numérique, et qu'il poursuit chez Télérama.

Son dernier livre, paru en janvier 2020, s’intitule « À la trace – Enquête sur les nouveaux territoires de la surveillance » (éditions Premier parallèle).

« Avant la pandémie, on voyait déjà une accélération dans le déploiement d’un certain type de technologies » de surveillance, comme la reconnaissance faciale, notamment pour des questions sécuritaires liées au risque terroriste, explique Olivier Tesquet.

« Aujourd’hui, avec la pandémie, la santé est devenue la première des libertés et c’est un levier encore plus puissant que le risque terroriste par exemple » qui était invoqué par les gouvernements pour déployer certaines technologies de surveillance. « En raison de cette pandémie, on a une accélération assez impressionnante, assez vertigineuse, du développement de ces outils qui finalement, là en ce moment, sont en train d’être banalisés. »

« On peut avoir une vraie crainte des outils déployés en temps de pandémie à titre expérimental », avertit le journaliste qui estime que l'« accoutumance » à ces outils peut faire que l'on ait « beaucoup de mal à les défaire ». 

Une application comme Stop-Covid lancée en France contre le Covid-19, une bonne idée ?

« Aujourd’hui aucun pays n’a réussi, grâce à une application, à endiguer l’épidémie », rappelle Olivier Tesquet en détaillant les limites de l’application Trace Together déployée à Singapour. Selon lui, « on peut se poser la question de la nécessité d’une application » comme StopCovid, qui doit être lancée début juin en France. 

« J’ai l’impression que Stop-Covid est devenu un objet de communication et un moyen pour un ministre d’exister politiquement », en référence au secrétaire d’État au Numérique Cédric O. « Stop-Covid est devenu un serpent de mer. Cela ressemble à une aventure de plus en plus hasardeuse (...) une espèce de démonstration d’un savoir-faire français (...) une application 100 % Made in France, sauf que ce n’est pas de la santé publique, c’est de la communication politique. »

« Ce que je crains un peu, c’est la fuite en avant technologique, où les outils deviennent un moyen de gouverner, viennent se substituer à une politique publique », s'inquiète Olivier Tesquet. « Par exemple au lieu d’avoir une politique de la ville, on va juste mettre des caméras intelligentes dans l’espace public. »

La pandémie de coronavirus, bon moment pour se poser des questions sur la technologie

« On se rend compte qu’on peut tous tomber malade, qu’on peut tous être soumis à des mesures restrictives de liberté, et tout à coup la surveillance semble beaucoup plus familière », constate le journaliste spécialiste du sujet.

Interrogé sur le fait de savoir si la Cnil (Commission nationale informatique et libertés) joue son rôle en cette période, Olivier Tesquet assure qu'« on a besoin de la Cnil en ce moment parce que de toute façon, c’est la seule autorité indépendante que l’on ait [en France] sur ces questions-là. » « Après on voit que le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel peuvent aussi se saisir de ces questions », se rassure-t-il.

La période actuelle est propice à une réflexion sur nos usages du numérique, convient notre invité. « J’ai envie de penser (...) que c’est peut-être le bon moment pour un peu mieux penser collectivement la technologie et les risques qu’elle peut présenter. »

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