Chronique des matières premières

L’Inde veut privatiser ses mines de charbon, non sans mal

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Dans le district de Dhanbad, dans l'État de Jharkhand en Inde où la consommation de charbon continue de grimper.
Dans le district de Dhanbad, dans l'État de Jharkhand en Inde où la consommation de charbon continue de grimper. ©Sanjib DUTTA/AFP

Le gouvernement de New Delhi cherche à attirer les investisseurs dans les mines de charbon du pays, l’Inde étant encore très dépendante de ce combustible. Mais les recours et les grèves se multiplient contre cette privatisation.

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« Nous libérons le charbon de décennies de confinement », a osé le Premier ministre indien, en pleine pandémie de Covid-19. Ses mots évoquent les quarante ans de monopole public sur le charbon indien, que Narendra Modi veut faire voler en éclat. Le 18 juin dernier, le chef du gouvernement nationaliste hindouiste a officiellement lancé les enchères sur 41 gisements de charbon, qui correspondent à un tiers de la production nationale. Son but est d’attirer les investisseurs privés pour développer davantage le charbon, dont l’Inde est déjà le 2e producteur de la planète, avec les quatrièmes réserves au monde, mais qui doit toujours importer 20% de ses besoins puisqu’elle est très dépendante de cette énergie pour produire de l’électricité.

Nouvelle grève en août prochain à Coal India

Loin de s’éloigner de cette énergie fossile, l’Inde veut donc prioritairement résoudre son problème de pénurie de charbon, et rêve même de l’exporter un jour. Narendra Modi mise aussi sur le charbon pour relancer l’industrie et plus largement l’économie indiennes, après la crise du Covid-19.

Mais cette privatisation ne va pas sans mal. Les mineurs de Coal India ont grève du 2 au 4 juillet dernier, ce qui a amputé de moitié la production du géant indien du charbon, et de nouveaux débrayages ont été annoncé à partir du 18 août prochain, avec des actions prévues auprès des populations des régions productrices. Des craintes s’expriment sur les seuils de poussière de charbon autorisées, qui n’ont désormais plus de limite.

Trois États indiens contestent les enchères

La fronde s’étend aux gouvernements des États indiens concernés. Deux d'entre eux, Maharashtra et Chhattisgarh, ont envoyé une lettre au ministre de l’Environnement et au ministre du Charbon pour s'inquiéter de l'impact sur les populations et les forêts. L’un des 41 gisements a déjà été retiré des enchères parce qu’il était situé dans une région à l’écosystème fragile.

Charbon bradé en cette période de crise ?

Enfin l’Etat du Jharkhand, a adressé une pétition à la Cour suprême indienne contre cette privatisation, organisée, selon ce gouvernement local au pire moment, alors que les investissements sont en berne, que la production de charbon a ralenti à cause de la crise du Covid-19 qui a porté un coup de frein à la consommation électrique, et que les prix sont faibles. En substance, les autorités de New Delhi sont accusées de brader les ressources indiennes de charbon.

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