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Reportage Afrique

Madagascar: la thérapie religieuse des Toby pour soigner les troubles mentaux

Audio 02:38
Séance quotidienne de chasse aux démons. Les Mpiandry (les Bergers), apposent leur main sur la tête des malades tout en invectivant le Diable.
Séance quotidienne de chasse aux démons. Les Mpiandry (les Bergers), apposent leur main sur la tête des malades tout en invectivant le Diable. RFI/Sarah Tétaud

Les troubles de la santé mentale se traitent partout sur la Grande Île, même dans les zones les plus reculées. Madagascar compte une multitude de lieux pour gérer la « folie ordinaire ». Toutefois, les quelques structures spécialisées comme les hôpitaux psychiatriques restent difficilement accessibles à la majorité de la population, en raison de leur coût et de leur localisation dans les grandes villes du pays. 

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Alors, les malades se tournent vers d’autres espaces de prises en charge comme les nombreuses maisons de devins-guérisseurs et les quelque 200 Toby, ces centres d’accueil du mouvement protestant luthérien du Réveil, répartis aux quatre coins du pays. C’est là-bas que les malades sont amenés en dernier recours, une fois que leurs proches ont éclusé toutes les possibilités « autres » de guérison. Ici, la vie du malade est rythmée par la liturgie intensive, les sermons, les chants, les prières bien sûr… et les exorcismes. 

 

« Sors maintenant de là Satan ! Tu déranges vraiment les agneaux du Christ ! Au nom de Jésus-Christ sors tout de suite de ce corps ! »
Ces paroles, ce sont les Bergers du Toby, des soignants bénévoles, qui les prononcent aux malades internés lors de la chasse aux démons, un rituel quotidien, qui fait partie du processus de guérison.

Le Toby Soatanana d’Ilafy accueille environ 150 malades par an, hommes, femmes, enfants, quelle que soit leur religion. Bernard Rakotondraibe est le Raiamandreny, le responsable des lieux.
« Pour nous, ces malades, c’est la richesse que Dieu nous a donnée. Les gens disent que ce sont des fous, mais nous, nous ne les considérons pas comme tels. Nous sommes des travailleurs de Dieu envoyés pour guérir ces gens-là. »

« En bas, là, c’est la partie des hommes. Et là en haut, c’est la partie des femmes. » Blandine Ranoro est Bergère. Elle et son mari vivent au Toby depuis plusieurs années. S’occuper de ces malades, c’était leur vocation.
« Dans cette chambre, il y a 7 malades et un gardien qui surveille. C’est très calme. Et si quelqu’un fait une crise, le gardien appelle un Berger, même en pleine nuit, pour travailler « sur » cette personne. »

Travailler, c’est-à-dire prier, imposer les mains ou exorciser. Aucun médicament n’est administré ; ni Bernard ni Blandine, ni les 600 autres Bergers de ce Toby ne sont médecins. Ici, « la foi en la parole de Jésus est le vrai remède », affirme-t-on.
« C’est à la suite de l’entretien d’arrivée qu’on arrive à diagnostiquer l’élément déclencheur de la maladie, quels sont les outils que le démon a utilisés pour attaquer. Ici, 100% des cas sont guéris, je vous le garantis. Seulement, je ne peux pas me prononcer sur le temps nécessaire à la guérison. Mon objectif, c’est que le malade accepte que Jésus est son seul sauveur. Que ce soit par des paroles très directes, douces, ou violentes. Mon vrai objectif c’est que cette personne-là accepte Jésus. »

L’anthropologue Olivia Legrip-Randriambelo, spécialiste des religions à Madagascar, qui vient de publier un article scientifique intitulé « Des démons et des fous à Madagascar : cacher, exorciser, montrer » dans la revue Politique Africaine, a fait des Toby l’un de ses objets d’études :
« Les structures comme les Toby sont un avantage pour la société malgache dans la prise en charge des troubles psychiatriques parce qu’ils sont gratuits, parce qu’ils sont dispatchés partout sur le territoire. En revanche, la prise en charge des malades au Toby soulève aussi tt un tas de questions puisqu’on a là affaire à une thérapie exclusivement religieuse : il n’y aura pas de différence d’un malade à l’autre, quelle que soit sa pathologie, quel que soit le temps qu’il va rester au Toby et tout ça s’apparente à une volonté de conversion de la part des membres du mouvement de réveil qui s’occupent de ces divers malades. »

Une prise en charge et des pratiques de soins désinstitutionnalisés des troubles mentaux, explique la chercheuse, qui pallient aujourd’hui sur l’île le manque de structures de santé spécialisées en psychiatrie.

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