Revue de presse Afrique

À la Une: le coup d’État au Mali

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Militaires et citoyens maliens rassemblés devant la résidence privée d'Ibrahim Boubacar Keïta, mardi 18 août 2020.
Militaires et citoyens maliens rassemblés devant la résidence privée d'Ibrahim Boubacar Keïta, mardi 18 août 2020. AP

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« Une folle journée !, s’exclame Le Pays à Bamako. Le Mali a vécu en cette journée du mardi 18 août une situation aussi confuse que tendue. Comme en 2012, la mutinerie partie de Kati a fini par aboutir à un coup d’Etat. Tôt dans la matinée, plusieurs personnalités civiles et militaires ont été arrêtées. Après, des coups de feu ont été entendus à Kati et à Tomikorobougou. Puis une colonne de blindés et de pick-up lourdement armés a quitté Kati pour Bamako. Vers 17 heures, IBK, son premier ministre et Karim Keïta, le fils du président, ont été arrêtés. Une nouvelle appréciée par une grande partie de la population. Une mobilisation spontanée est descendue place de l’Indépendance pour apporter son soutien aux mutins. »

Pas l’issue appropriée…

Ce matin, la presse malienne est partagée… Il y a ceux qui condamnent ce coup d’Etat, à l’instar de L’Indépendant.

« En bientôt 61 ans d’indépendance, le Mali a connu quatre coups d’Etat militaires, soupire le quotidien bamakois. Cette énième irruption de l’armée sur la scène politique survient dans un contexte critique ; le Mali faisant face, depuis plusieurs mois, à une crise socio-politique d’une acuité singulière, venue se greffer à une crise sécuritaire persistante ayant dégénéré au centre du pays en conflits communautaires meurtriers et dévastateurs. Il est peu probable toutefois que ce coup d’Etat en soit l’issue appropriée, estime donc L’Indépendant. L’intervention des militaires dans le champ politique n’est, en effet, plus tolérée, encore moins acceptée dans le concert des nations. Elle est frappée d’anachronisme et rangée aux oubliettes de l’histoire. Avant même que le processus de déposition du président IBK ne soit consommé et que les mutins ne fassent connaitre leur motivation, l’entreprise était condamnée par tous les partenaires du Mali : la CEDEAO, l’Union Africaine, la France, les Etats Unis, la Russie et l’ONU. » 

IBK l’a bien cherché…

PourL’Informateur, autre quotidien bamakois, « IBK a semé le vent, il a récolté la tempête. Emmuré dans une tour d’ivoire, il a tenté de retrouver par le biais de la CEDEAO toute la légitimité perdue au niveau national dans le naufrage de la mauvaise gouvernance. Alors qu’il suffisait de prêter une oreille attentive aux incontestables revendications populaires, portées à bout de bras par le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques, pour désamorcer la bombe. »

Une armée humiliée et critiquée

Si IBK était contesté par une bonne partie de l’opinion malienne, c’est bien l’armée qui a provoqué sa chute et pas pour les mêmes raisons… Le « mouvement de colère (des militaires maliens), pointeLe Monde Afrique, trouve ses racines dans plusieurs dynamiques : au-delà des revendications dites "catégorielles", des mouvements de mécontentement traversent l’armée, dans un contexte où des officiers supérieurs se trouvent sur la sellette depuis plus d’une année et se voient menacés de sanctions, y compris par les Nations unies. Selon une source proche de la hiérarchie militaire malienne, poursuit Le Monde Afrique, des hommes du rang et des officiers de rang intermédiaire se seraient plaints que les plus hauts gradés soient compromis dans des trafics, notamment de cocaïne, tandis que la troupe était envoyée se faire tuer par des groupes djihadistes dans le centre et le nord du pays. Parallèlement à ce mouvement d’humeur, des craintes d’une autre nature avaient traversé les échelons supérieurs de l’armée malienne. En début de semaine, rappelle Le Monde Afrique, un rapport du panel d’experts de l’ONU sur le Mali a fuité, mettant en cause l’ex-chef d’état-major de l’armée de terre, le général Kéba Sangaré, dans des tueries au centre du pays. »

Le colonel Camara nouvel homme fort du pays ?

Alors qui est aux manettes désormais ? Le site Malijet  présente un colonel, Sadio Camara, comme le « nouvel homme fort du pays ». Il serait « assisté par plusieurs officiers supérieurs (…). Né en 1979 à Kati, le Colonel Sadio Camara est sorti de l’Ecole Militaire Inter Armes de Koulikoro major de sa promotion avant de gagner le grand Nord aux côtés du Général El Hadj Gamou jusqu’en 2012. Dernièrement, il dirigeait le Prytanée militaire de Kati avant de s’envoler en janvier dernier pour une formation militaire en Russie. Il était d’ailleurs rentré à Bamako depuis seulement 15 jours, pour des congés. »

Et Malijet de conclure par ce commentaire : « une page de l’histoire du Mali s’écrit désormais avec cette nouvelle équipe de jeunes officiers supérieurs qui ont le sens du patriotisme. Prions pour qu’ils réussissent désormais pour le Mali. »

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