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Vive le feu! Comment les plantes résistent aux incendies

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Les incendies ravagent la Californie, le 9 septembre 2020.
Les incendies ravagent la Californie, le 9 septembre 2020. AP/Noah Berger

Les flammes, source de vie pour certains végétaux qui poussent sous le climat méditerranéen. De quoi relativiser les dernières informations tragiques en provenance de Californie, où le record a été battu cette semaine : plus de 10 000 kilomètres carrés ont flambé. Une catastrophe écologique ? Pas forcément.

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Le feu a ses vertus que l’émotion ignore. Le spectacle des incendies cette année en Californie dure depuis des semaines, avec son lot de désolation, de paysages calcinés et de victimes humaines. Et pourtant… Sous le climat méditerranéen, et c’est le cas d’une grande partie de la Californie, les plantes ont appris à vivre avec les flammes. En témoigne ce qu’on a pu observer après les derniers grands incendies d’Australie.

« Six mois après le passage du feu, c’est superbe, c’est tout vert. Et on n’a pas perdu une plante. L’arbre a disparu, mais la germination est juste à côté. Donc la plante est toujours là. Et c’est la même chose en Californie », explique Alain Menseau, le botaniste du Domaine du Rayol, près de Saint-Tropez, sur la Côte d’Azur, un jardin planétaire qui rassemble la végétation qui pousse sous le climat méditerranéen, en Méditerranée bien sûr, mais aussi dans la région du Cap en Afrique du Sud, dans une petite partie du Chili ou encore dans le sud de l’Australie.

Une adaptation au feu qui a nécessité des millions d’années d’évolution. Une évolution secondaire pour la végétation du sud de la France, initiée par le surpâturage, quand des animaux sauvages, comme les cerfs, descendaient sur la côte pendant un ou deux mois « bouffer toute la végétation. Mais bouffer tout, raconte Alain Menseau. Cette résistance au surpâturage est la même résistance que celle déclenchée face au feu, puisque la plante sait repartir quand toute la partie aérienne a été supprimée. »

Il n’y a pas de plantes sans feu

Différentes stratégies sont en œuvre pour les plantes méditerranéennes. Il y a d’abord les arbres munis d’une protection naturelle, comme le chêne-liège. D’autres qui ont développé un tronc sous-terrain : l’arbousier, capable de repousser même lorsque la partie aérienne a entièrement brûlé. « De ce tronc souterrain vont repartir des branches, qu’on appelle des troncs, parce que c’est ce qu’on voit, détaille le responsable du Domaine du Rayol. Mais ce sont en fait des branches. » Et puis il y a les plantes qui ont besoin du feu pour se reproduire. Le pin d’Alep, très présent en Méditerranée, attend le passage du feu pour germer, « parce qu’il ne supporte pas la concurrence au sol. »

Les graines du callistemon, ici au Domaine du Rayol, contenues dans des coques en bois, ne seront libérées qu'avec le passage du feu.
Les graines du callistemon, ici au Domaine du Rayol, contenues dans des coques en bois, ne seront libérées qu'avec le passage du feu. RFI/Florent Guignard

Deux jours après les flammes, les pignes qui contiennent les graines explosent et provoquent « une pluie de graines ». Les incendies ayant souvent lieu à la fin de l’été, les premières pluies, les vraies pluies, arrivent avec l’automne, et les graines tombées sur un sol enrichi de cendres se mettent à germer. Les pluies automnales qui ruissellent après un incendie, chargées de carbone, sont ainsi un excellent engrais.

Le callistemon d’Australie ne peut tout simplement pas germer sans le passage du feu. L’arbuste conserve ses graines tout au long de la vie, enfermées, protégées, dans des coques en bois. Et ce sont les flammes qui vont libérer les graines en faisant exploser la coque. « Bien sûr il y a de la perte, selon l’intensité du feu. Sur des milliers et des milliers de graines, ce n’est jamais 100% de succès. Mais l’essentiel est d’avoir 2% de succès. » Les protées d’Afrique du Sud, une fleur qu’on retrouve sur le maillot des rugbymen sud-africains, au côté du springbok, ont, elles, besoin de la fumée du feu pour se reproduire. « Pour les pépiniéristes, on produit ainsi des buvards, imbibés de fumée. On arrose, et les graines germent toutes seules. Sur un buvard sans fumée, ça ne germera jamais. »

Pas de maison dans les forêts qui brûlent

Sous le climat méditerranéen, il n’y a pas de vie sans feu. Et c’est pour ça que l’homme provoque parfois des incendies dirigés, volontaires et maîtrisés. C’est le cas par exemple dans les parcs d’Afrique du Sud, au bout d’une quinzaine d’années sans feu. Sans incendie régulier, « la végétation deviendra trop dense, rappelle Alain Menseau, et quand les flammes arriveront, parce qu’elles finissent toujours par arriver, le feu sera trop chaud, des graines seront trop détruites, et on risque de perdre en biodiversité. »

Avant d’être une catastrophe écologique, les incendies sous donc souvent, d’abord, une catastrophe humaine. « Le problème, conclut Alain Menseau, c’est de construire des maisons un peu partout, au milieu de la forêt. C’est beau, c’est magnifique, mais cela devient catastrophique avec le passage du feu. On n’a pas à faire nos maisons dans une forêt qui brûle. Ce n’est pas le bon endroit ! »

« Les oiseaux volent tous dans le ciel ? »

La plupart des oiseaux sont capables de voler, la poule quelques secondes, et jusqu’à 10 kilomètres d’altitude pour le vautour de Rüssel, qui vole notamment au-dessus du Sahel. Mais une quarantaine de familles d’oiseaux sont clouées au sol depuis des millénaires. Comme un avion sans ailes, mais avec d’autres qualités. Le pingouin sait nager. Et l’autruche, trop lourde pour voler, est capable de sprinter à 80 km/h.

Le dodo, sur l’île Maurice, avait lui perdu l’utilité et donc l’usage de ses ailes, atrophiées, parce qu’il n’avait pas de prédateur. Jusqu’à l’arrivée des colons, qui le chassèrent, et introduisirent notamment des cochons. Un siècle après sa découverte, le dodo avait disparu.
 

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