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Aujourd'hui l'économie

Chine: les géants de la fintech, cible des autorités

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Le fondateur du géant du commerce en ligne Ali Baba, Jack Ma, a vu sa fortune augmenter de 49% durant la crise du coronavirus.
Le fondateur du géant du commerce en ligne Ali Baba, Jack Ma, a vu sa fortune augmenter de 49% durant la crise du coronavirus. AP Photo/Thibault Camus

Cela devait être l'introduction en Bourse la plus importante de l'histoire, estimée à 37 milliards de dollars sur les places de Hong-Kong et Shanghai. Mais Ant Group, le bras financier du chinois Ali Baba attendra. Deux jours avant ce 8 novembre qui devait être historique, les autorités chinoises ont décidé de restreindre les activités de microfinance, le cœur de métier du groupe, stoppant net ses ambitions boursières. Quand, ailleurs dans le monde, c’est Facebook et Amazon qui sont dans le collimateur, en Chine c’est la fintech. Officiellement, pour préserver l'industrie financière chinoise.

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Ant Group, le groupe à la fourmi, propriété à 33% d'Ali Baba, le géant du commerce en ligne. Son introduction sur le « Star Market » la place financière de Shanghai dédiée aux valeurs technologiques devait parachever un parcours de plus d'une décennie de développement exponentielle sur le marché chinois. Un marché qui en a fait un acteur encore plus grand que les banques traditionnelles puisque la société aurait été valorisée alors à 318 milliards de dollars. Tout cela s'est donc effondré deux jours avant l'opération. La presse financière internationale y a vu la main du politique voire même celle du président Xi Jinping lui-même selon le Wall Street journal la semaine dernière. La pression serait montée d'un coup après des critiques formulées par le fameux fondateur et ancien patron d'Ali Baba Jack Ma, qui lors d'un sommet financier à Shanghai aurait fustigé la santé du système financier chinois et surtout le rôle jugé nocif du régulateur.

Des propos cinglants qui n'auraient pas plu en haut lieu donc mais est-ce que ces critiques sont justifiées ?

Les connaisseurs des rouages décisionnels chinois affirment que dans l'ombre, une guerre des réseaux se joue sans doute. En tout cas, la volonté de réguler ses géants de la fintech qui ont encore gagné en puissance en ces temps de pandémie est plus forte que jamais. Paradoxalement, cela s'inscrit dans les efforts globaux de réglementation du secteur financier pour attirer les investisseurs étrangers. Une première loi anti-trust était passée en début d'année, aux contours assez vagues.

Cette fois, il s'agit d'un projet de loi encadrant spécifiquement les micro-crédits en ligne, qui sont devenus la première source de chiffre d'affaires pour Ant Group. Les nouvelles règles imposeraient aux acteurs de la fintech d'avoir 30% en capital des sommes prêtées, des conditions qu'ils ne remplissent pas.

Le projet de loi s'attaque aussi aux méthodes utilisées pour exploiter les données massives des utilisateurs. Ces pratiques contribueraient à faire gonfler l'endettement et feraient peser un danger pour l'équilibre du système ont reconnu les officiels chinois. Les utilisateurs, de plus en plus sensibles à l'usage qui est fait de leurs données sont appelés jusqu'à la fin du mois à donner leur avis en ligne sur ce projet de loi.

Quelles conséquences faut-il attendre pour Ant Group et consorts ?

Difficile à dire a priori, tout dépend de la façon dont seront appliquées les textes et comment ces groupes vont répondre aux attentes des autorités. Les géants de la fintech comme Ali Pay ou le concurrent WeChat Pay sont devenus au fil des ans des acteurs clé du financement des particuliers et des entreprises. Grâce à la latitude qui leur a été laissé toutes ces années, elles ont innové et fait du pays, le plus grand marché de la fintech au monde. Mais aujourd'hui, tout semble fait pour les en éjecter. Le coup porté à Ant Group a remis sous le feu des projecteurs le projet de monnaie numérique souveraine que le gouvernement chinois a commencé à expérimenter. Elle serait déployée d'ici 2022 grâce aux acteurs bancaires traditionnels. Ce qui serait un pas supplémentaire dans la reprise de contrôle du secteur financier par les autorités de tutelle.

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