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La diffusion numérique, un nouveau défi pour les revenus des artistes africains

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Les plateformes numériques et les opérateurs téléphoniques utilisent de plus en plus le travail des artistes et ceux-ci doivent en tirer davantage de profit.
Les plateformes numériques et les opérateurs téléphoniques utilisent de plus en plus le travail des artistes et ceux-ci doivent en tirer davantage de profit. © CC0 Pixabay/Gerd Altmann

Comment gérer et mieux répartir les droits d'auteurs des artistes en Afrique dans un monde de plus en plus numérisé ? C'est l'un des débats qui ont agité les participants à la sixième édition du Moca, le Mouvement de la créativité africaine, qui s'est tenu la semaine dernière à Paris. Les plateformes, les opérateurs téléphoniques utilisent de plus en plus le travail des artistes et ceux-ci doivent en tirer davantage de profit. C'est notamment l'ambition visée par l'Union africaine. 

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Si la pandémie de Covid-19 est un moment difficile pour les artistes africains - souvent sevrés de spectacles - elle a cependant pour effet d'accélérer la numérisation de la diffusion de leur œuvres. De nouveaux acteurs, de nouvelles méthodes de travail et aussi de nouveaux défis pour la répartition des fruits de ce travail. Alain Bidjeck est le fondateur du Moca, le forum dédié aux industries culturelles d'Afrique et de la diaspora. 

« Nous sommes dans une ère ou la culture se digitalise énormément, donc les revenus liés à la diffusion sont de plus en plus importants, et donc forcément les retours en termes de droits d'auteur est une question essentielle », dit Alain Bidjeck. « La difficulté que l'on observe, aussi bien du point de vue des créateurs que des sociétés de gestion collective, c'est qu'ils ont du mal à appréhender cette diffusion incroyable où les géants du Net et les opérateurs mobiles ont pris une place très importante et avec lesquels le rapport de force est délicat à mener. Donc cela veut dire qu'il y a un défi pour la filière de s'organiser et reconsidérer sa restructuration face à ces nouveaux enjeux du digital. On l'a vu en Europe, il a fallu que toute la Commission européenne se mobilise avec le soutien des sociétés de gestion collective pour faire flancher un peu YouTube. »

Des progrès timides sur les bureaux des droits d'auteurs

Ces sociétés de gestion collective, autrement dit les bureaux de droits d'auteurs, sont encore souvent trop faibles et trop rares sur le continent, même si les choses progressent.

« Les sociétés de gestion collective évoluent un peu à différentes vitesses. Le BBDA (Bureau burkinabé des droits d'auteurs, NDLR) est extrêmement performant. En Algérie également », explique Alain Bidjeck qui poursuit : « En Afrique du Sud, même si elle (la société de gestion collective, NDLR) n'est pas entièrement exemplaire, elle reverse quand même beaucoup de droits pour ses artistes. Mais il y a une réalité, je pense par exemple à la Socoda (Société congolaise des droits d'auteurs et des droits voisins, NDLR) en RDC qui a de vrais challenges, pareil au Cameroun et dans d'autres pays. Mais, il y a un désir de structuration, car face aux enjeux, il faut d'abord comprendre ces nouveaux outils et ce nouveau langage, et il faut construire un rapport de force pour faire bouger les lignes des grands opérateurs. »

Pousser les États à une meilleure gestion des droits d'auteurs

Faire bouger les lignes, c'est le rôle de l'Union africaine, et en particulier d'Angela Martins, cheffe du département culture de l'UA. Elle a lancé en 2016, la Pipo, la Panafrican intellectual property organisation, dont le but est justement de pousser les États à mettre en place les outils de gestion de droits d'auteurs.

« Bien évidemment si les États sont prêts à mettre en place les institutions et les mécanismes de promotion des droits de leurs artistes, c'est très bien. Mon sentiment est que les artistes ont besoin d'être soutenus et d'avoir des relais institutionnels afin qu'ils connaissent mieux leurs droits. Et c'est ce genre d'activités que la Pipo mènera, du moins nous l'espérons », déclare Angela Martins. « Durant mon mandat nous avons donc créé cet instrument que les États peuvent dupliquer ou dont ils peuvent s'inspirer pour renforcer leur propre législation dans le domaine des droits de propriété intellectuelle. »

Seul problème, la Pipo adoptée en 2016 attend toujours une quinzaine de ratifications de la part d'Etats membres de l'UA pour exister et commencer son travail.  

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