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Monnaie digitale: pourquoi la Chine fait la course en tête

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Des liasses de Yuans. (Photo d'illustration)
Des liasses de Yuans. (Photo d'illustration) AFP/File

Pour fêter le Nouvel an lunaire, les autorités chinoises proposent une enveloppe de yuans numériques émis par la banque centrale à une brochette de Pékinois triés sur le volet. Une nouvelle expérimentation. D'ici un an, la Chine pourrait être le premier État au monde à lancer sa propre monnaie digitale.

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Chacun des 50 000 participants sélectionnés a reçu une mallette digitale, contenant l’équivalent de 30 dollars, qu’il peut utiliser comme moyen de paiement virtuel pendant une semaine. C’est le troisième essai grandeur nature pour ce yuan du futur que la banque centrale chinoise prépare depuis plusieurs années déjà, avec le concours des quatre plus grandes banques du pays. Cet activisme commence à inquiéter les grands argentiers des autres pays ; eux aussi se préparent leur monnaie numérique. Le Japon souhaite que la question des monnaies cryptées émises par les banques centrales soit discutée dès demain vendredi à la réunion des ministres des finances du G7.

La Chine pourrait-elle imposer sa monnaie digitale au reste du monde ?

Le yuan n'est toujours pas librement convertible sur le marché des grandes devises internationales, et donc peu disponible à l'étranger, et « les échanges de monnaie sont encore largement dominées par le dollar, à 80% » rappelle l’économiste spécialiste de la finance digitale David Bounie, enseignant chercheur à Telecom Paris, c'est pourquoi cette hypothèse parait peu crédible. C'est plus un signal politique fort que la Chine veut envoyer avec cette monnaie numérique qu'elle rêve de mettre en circulation pour les jeux olympiques d'hiver prévus l'an prochain en Chine. Si elle y parvient, « cela aura un retentissement mondial, on va regarder l’architecture, la technologie, le modèle économique de cette première »souligne David BounieAvec ce yuan digital, Pékin cherche d'abord à résoudre des problèmes domestiques. Comme les Américains ou les Européens ont eu peur du projet de monnaie Libra de Facebook, les Chinois redoutent la concurrence des monnaies digitales privées déjà sur le marché.

Pékin s’est débarrassé du bitcoin en interdisant son usage.

Cette crytpo monnaie, qui n'est régie par aucune autorité centrale, n’est pourtant pas la menace la plus immédiate pour le yuan car elle n’a pas réussi à s’imposer comme moyen de paiement, c’est surtout un placement spéculatif. En revanche les Alipay et Wechat pay, les portefeuilles électroniques proposés par les géants chinois d’internet Alibaba et Tencent, sont devenus des rivaux très inquiétants. Car en Chine, le paiement via ces plateformes est déjà très répandu. Leur montée en puissance pourrait limiter les pouvoirs de la banque centrale. Elle ne pourrait plus contrôler les flux monétaires passant par ces sociétés.

Pékin espère aussi élargir l'inclusion financière avec sa monnaie numérique.

Dans cet immense pays où le réseau bancaire est encore sous-développé un simple téléphone permettrait de procurer un accès au cash à tous les citoyens. Ce qui ouvre des horizons entièrement nouveaux à la banque centrale. Elle pourrait en situation de crise abonder les comptes numériques de tous les particuliers pour les soutenir, sans passer par les banques, ou au contraire imposer des taux négatifs sur leurs comptes si elle trouve qu'ils ne dépensent pas assez, explique David Bounie. Un outil de politique monétaire beaucoup plus direct mais dont on a encore du mal à évaluer le rapport coût/bénéfice. Seule certitude, les banques pourraient en pâtir : elles perdront leur activité de gestion des particuliers, ce qui réduirait in fine leur capacité à prêter de l'argent et donc à financer l'économie.

En Afrique certains imaginent déjà que le yuan numérique pourrait devenir la monnaie de référence.

Le Kényan Michael Kimani, expert en finance 2.0, estime qu'il s'imposera facilement sur le continent étant donné que l'infrastructure des réseaux africains, les smartphones sont en grande majorité fournis par des entreprises chinoises. Un scénario improbable selon les économistes, tant que le yuan n'est pas convertible dans les monnaies locales, ce qui parait encore très lointain. En revanche c'est vrai que cette monnaie numérique chinoise intéresse au plus haut point les pays africains pour accélérer là aussi l'inclusion financière.

 

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