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Comment la pandémie a dompté les excès d’Airbnb

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A Venise, la baisse des réservations Airbnb a été fulgurante : -70% si on compare janvier 2021 à janvier 2020.
A Venise, la baisse des réservations Airbnb a été fulgurante : -70% si on compare janvier 2021 à janvier 2020. © Pixabay

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Toujours boudées par les visiteurs, les villes européennes les plus touristiques redeviennent abordables pour leurs habitants : la chute des réservations Airbnb a fait baisser les loyers.

Les maires en rêvaient, la pandémie l’a fait. C’est le petit miracle du coronavirus. En quelques mois il a réussi à dégonfler la bulle alimentée par Airbnb. La plateforme de location saisonnière entre particuliers avait littéralement aspiré les logements disponibles dans les quartiers les plus touristiques, faisant grimper le marché immobilier et fuir les citadins. Avec le confinement qui s’étire, les incertitudes sur les voyages, beaucoup de propriétaires ont jeté l’éponge : ils se sont désinscrits du site pour louer à l’année. Quand ils n’arrivent plus à rentabiliser leur bien, certains ont même vendu. À Prague, les locations Airbnb ont été divisées par deux et le prix des locations a reculé de 8%. À Lisbonne les loyers se sont allégés de 15% entre mars et décembre 2020.

La seule baisse des réservations Airbnb suffit à détendre le marché immobilier ?

C’est le principal facteur. Dans les cinquante première villes européennes le nombre des logements disponibles sur Airbnb a chuté de plus de 20%. La baisse des réservations a été fulgurante : -70% pour Venise si on compare janvier 2021 à janvier 2020. Cette ville qui reçoit chaque année 20 millions de touristes s’est vidée sous la pression immobilière. Avant le Covid-19, plus d'un logement sur dix était réservé à la location touristique. Quelque 60 000 personnes vivent encore sur place, 30 000 se sont repliés dans le voisinage à cause de l’inflation des loyers. Ils pourraient revenir, à condition que le phénomène de désaffection soit durable, ce qui n’est pas automatique, à moins que les pouvoirs publics n'interviennent.

Les maires de ces villes ont maintenant bon espoir de mieux maîtriser l'offre de logement?

Depuis le printemps dernier, les plateformes sont obligées de partager leurs données avec la commission de Bruxelles. On connaîtra au printemps le nombre de locations effectuées et d'appartements disponibles pour l'année précédente. Une vingtaine de maires européens demandent maintenant à la commission à être inclus dans le partage de ces données, cela leur permettrait de mieux surveiller l'offre d'appartements disponibles. À Venise, les habitants souhaitent carrément que les appartements vides soient préemptés par la ville pour y réinstaller des habitants.

Le modèle Airbnb est-il remis en cause ?

La plateforme a encaissé l’an dernier plusieurs milliards de dollars de pertes, son revenu a chuté de 30% mais ses comptes se redressent déjà. Par rapport à l’hôtellerie traditionnelle, Airbnb a relativement bien résisté à la crise du tourisme en redistribuant son offre vers la campagne. En Italie, la clientèle a fui Florence ou Venise pour se reporter vers la Sicile. Au Royaume-Uni, c’est le Devon qui en a bénéficié. La plateforme surfe aussi sur le regain du tourisme domestique et sur le nomadisme encouragé par le télétravail. Son offre de logement continue à croître dans plusieurs pays européens comme la France, l'Allemagne ou l'Espagne. Son modèle se révèle plutôt résilient, favorable au tourisme durable qui pourrait être la nouvelle tendance post-Covid. Quant aux villes qui étouffaient sous le tourisme, elles sont aujourd'hui en quête d'un nouveau modèle ménageant les intérêts économiques et le pouvoir d’achat de leurs habitants.

En bref

La reprise commence à se faire sentir en France. Le PIB devrait légèrement remonter au premier trimestre prévoit la Banque de France. Mais l'activité restera inférieure de 5% à son niveau d'avant la crise.

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