Des inégalités et une pauvreté persistantes: le talon d’Achille de la croissance marocaine

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Vue aérienne du pont routier entre Rabat et Salé, au Maroc.
Vue aérienne du pont routier entre Rabat et Salé, au Maroc. Pline/Wilkimedia Commons

Les Marocains sont appelés aux urnes le mercredi 8 septembre pour les élections législatives et locales. Le parti islamiste au pouvoir pourrait perdre sa majorité, en partie à cause de son mauvais bilan social.

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C'est une tache sombre sur un bilan économique par ailleurs plutôt positif avec les transformations profondes initiées par le Palais. Mais les Marocains les plus mal lotis ont le sentiment que leur vie quotidienne n’a pas beaucoup changé depuis 2011, date de l’arrivée aux affaires du Parti de la justice et du développement, dans la ferveur des printemps arabes. Les inégalités et l’extrême pauvreté sont encore des plaies très vives, que la pandémie a aggravé. Le chômage frôle les 12%, il était de 9% avant l’apparition du Covid-19. La lutte en faveur de l’emploi est la priorité de la plupart des partis en lice, mais pas sûr que ces promesses suffisent. Ceux qui vivotent grâce à des petits boulots se sentent comme oubliés, méprisés par le pouvoir et l’administration. Chaque fois que l’un d’entre eux est maltraité par les autorités, cela déclenche une poussée de fièvre dans la population.

Une vague de protestations après l’immolation par le feu d’un jeune de la banlieue de Casablanca

Il n’a pas pu retrouver la charrette qu’on lui avait confisquée pour des raisons sanitaires, d'où ce geste de désespoir. Souvent comparé à celui du jeune tunisien qui a provoqué la chute de Ben Ali. Il y a eu des précédents dans le village côtier de Hoceida en 2016, puis autour des mines de Jerada en 2017. À chaque fois, ces jeunes victimes révoltées deviennent les représentants de tous les invisibles. Tous ceux qui travaillent dur sans être déclarés. L’informel constitue 80% de l’emploi au Maroc, selon l’Organisation internationale du travail. Soit un peu de moins de 30% du PIB d’après l’étude la plus récente publiée cette année par la banque centrale du Maroc. Une proportion en recul régulier depuis vingt ans mais qui demeure supérieure à celle des pays comparables du Maghreb.

Le plan adopté en début d’année pour faire du Maroc un pays émergent d’ici 2030 peut-il corriger ces inégalités ?

Cela fait partie des objectifs affichés. Et cela passe par des réformes de l’école et de la santé. Car le manque de formation de la majorité et le manque d'accès aux soins sont devenus aujourd'hui des boulets qui handicapent la croissance du pays. Dans le domaine de la santé, le royaume a plutôt marqué des points dès le début de la pandémie en s’engageant massivement dans la vaccination contre le Covid. Près d’un adulte sur deux a déjà reçu une dose, c’est la meilleure performance du continent africain et les adolescents vont à leur tour être immunisés.

Un volontarisme qui a contenu la progression du coronavirus

Même s’il y a eu une nouvelle vague cet été, sans doute alimentée par les visiteurs. Par ailleurs, les aides rapidement distribuée aux plus défavorisés ont limité les dégâts économiques. Après avoir chuté de 7%, le PIB devrait regagner au moins 5% cette année. Un rebond salué par tous les experts, et qui doit aussi beaucoup à une météo clémente, favorable cette année à l’agriculture alors que les récoltes de 2020 ont été calamiteuses. Ce secteur fait encore vivre 40% de la population, un point positif pour les exportations mais le Maroc doit davantage développer son industrie pour rendre son économie plus inclusive.

EN BREF

Une embellie surprise en Chine où l'on apprend que les exportations ont rebondi cet été. Le mois d'août enregistre +25% par rapport à 2020. C'est beaucoup plus que ce que les analystes prévoyaient. Cela confirme la solidité de la reprise mondiale, le reste du monde étant toujours friand des produits fabriqués en Chine.

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