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Le darwinisme appliqué au coronavirus

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Charles Darwin était un naturaliste du XIXe siècle.
Charles Darwin était un naturaliste du XIXe siècle. © Domaine public
Par : Florent Guignard
8 mn

Le variant anglais du coronavirus est en train de coloniser l’Europe, parce qu’il est plus contagieux. Une illustration de la sélection naturelle, une loi universelle pour tous les organismes vivants découverte par le naturaliste anglais Charles Darwin au XIXe siècle.

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Un spectre hante l’Europe : celui du variant anglais du SARS-Cov-2, un mutant qui ne cesse de gagner du terrain, parce qu’il est plus longtemps contagieux. En France par exemple, il est désormais responsable d’un gros tiers des cas de Covid-19. Un phénomène de sélection naturelle qui lui procure un avantage indéniable sur la souche historique du coronavirus. « Les mutations, extrêmement nombreuses chez les virus, arrivent aléatoirement, explique Alexandre Hassanin, chercheur au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris. Mais elles sont sélectionnées, en particulier parce qu’elles confèrent un avantage aux virus, par rapport à la contamination. Des variants qui vont être plus contagieux vont être sélectionnés dans les populations du virus. »

C’est la loi du plus fort, et de la sélection naturelle, au cœur de la théorie de l’évolution développée par le naturaliste anglais Charles Darwin au XIXe siècle. Et plus on se reproduit, plus on a de chances d’évoluer. Pour les humains, c’est évidemment beaucoup plus lent que pour les virus. « Parce que la génération est plus longue, et parce qu’on fait assez peu de bébés en général dans l’espèce humaine, il faut des centaines ou des milliers d’années avant de voir une sélection se mettre en place, précise Mylène Weil, directrice de recherche au CNRS. Ce n’est pas du tout le même timing pour des moustiques et plus encore pour des virus. »

La tactique du moustique

Certaines espèces de moustiques peuvent produire dix générations par an. Et c’est ainsi qu’ils ont, en quelques années à peine, développé des résistances aux insecticides, quelle que soit leur espèce, quel que soit l’endroit où ils vivent, comme Mylène Weil l’a mis en évidence dans ses travaux à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. « La mutation avantageuse, cette résistance aux insecticides, leur permet de survivre là où les autres moustiques qui n’ont pas la mutation vont mourir. Ceux qui survivent vont transmettre cette mutation à leur descendance. Donc, cette mutation va avoir tendance à se répandre. »

Une même évolution observée chez des espèces différentes, ou chez une même espèce mais dans des lieux différents, s’appelle une évolution convergente. Un phénomène qui concerne aussi les trois variants du coronavirus, anglais, brésilien et sud-africain. Une mutation similaire sur trois continents, à des milliers de kilomètres. Dans le monde animal, l’un des exemples les plus marquants d’évolution convergente concerne le requin et le dauphin. Deux espèces très éloignées (le premier est un poisson, l’autre un mammifère) qui ont pourtant développé la même morphologie pour se déplacer dans la mer. « Ces points communs sont liés à l’adaptation au milieu dans lequel ces deux espèces évoluent, c’est-à-dire le milieu aquatique, constate Alexandre Hassanin. Quand on est un vertébré, il n’y a finalement pas 36 000 façons de nager ! »

« L’évolution est-elle toujours irréversible ? »

Pas forcément. En témoigne l’histoire de la phalène du bouleau, un papillon nocturne aux ailes blanches qui se confondent avec l’écorce des bouleaux, ce qui lui permet d’être invisible aux yeux des prédateurs. Mais en Angleterre, au milieu du XIXe siècle, à l’époque d’ailleurs où Darwin publie L’origine des espèces, la révolution industrielle bat son plein, et les poussières de charbon rendent l’écorce des bouleaux noire. La phalène du bouleau, qui ne vit qu’une semaine, va très vite arborer des ailes noires, pour continuer d’échapper aux prédateurs. Un changement de couleur qui durera un siècle. Quand le gouvernement britannique adopte de mesures anti pollutions, les poussières de charbon disparaissent du paysage, les bouleaux redeviennent blancs, tout comme les ailes du papillon.
 

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