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La multiplication des tulipes

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Photo de tulipes prise à Lille en France. (Image d'illustration)
Photo de tulipes prise à Lille en France. (Image d'illustration) Getty Images/EyeEm - Andreas Distler / EyeEm

Pas un jardin, ou presque, sans sa tulipe fleurie en ce début de printemps. Elle est une des fleurs les plus populaires qui se vend par milliards chaque année. Plusieurs milliers de variétés de tulipes horticoles ont été créées par la main humaine.

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Elles sont partout. Pas un jardin, une pelouse, une plate-bande ou une jardinière sans ses tulipes, en ce début de printemps dans l’hémisphère nord. Des touches de rouge, de jaune, de rose, de blanc... Des fleurs panachées… Un festival de couleurs « qui annonce les beaux jours, relève Savinien Chatel, jardinier-paysagiste à l’École du Breuil, qui forme des horticulteurs dans le bois de Vincennes à Paris. Elle est belle, elle est éclatante, on la voit de loin, on peut l’utiliser en bouquet, pour garnir les gazons, les prairies… »

La tulipe est l’une des fleurs les plus populaires, parce qu’« elle annonce le printemps », et ne demande pas beaucoup d’arrosage ni de soin. Mais la plupart de celles qu’on peut voir dans les jardins ne vivent pas à l’état sauvage. Elles ne font pas partie de quelque 150 espèces de tulipes botaniques recensées dans le monde. Non, elles ont été fabriquées par les humains. Des espèces hybrides, qu’on appelle tulipes horticoles, issues de multiples croisements. On en compte 5 000 variétés.

Quand le bulbe fait des petits

« On va prendre le pollen d’une espèce, le mettre sur le pistil d’une autre espèce, et récolter les graines. Un processus très long, puisque la graine de tulipe va mettre cinq à sept ans pour donner sa première fleur, explique Savinien Chatel. Quand les tulipes fleurissent, on conserve les bulbes des fleurs intéressants pour la variété recherchée. » C’est ici qu’entre en jeu le deuxième mode de reproduction qu’a la chance de posséder la tulipe : la reproduction végétative, qui va permettre la multiplication des bulbes. Le bulbe, un oignon, enterré, est le cœur de la plante, qui accumule, jusqu’à ce que les feuilles jaunissent, l’énergie nécessaire à la floraison du prochain printemps. Dans le cadre de la reproduction végétative, le bulbe initial va faire des petits, des bulbilles.

« C’est partir du moment où la fleur fane que la bulbille va commencer à se développer, pendant un ou deux mois », explique Savinien Chatel.

C’est la raison pour laquelle les grands champs de tulipe fleuris et colorés qu’on peut voir aux Pays-Bas ne sont pas destinés au marché de la fleur coupée (dans cet état, les tulipes devraient déjà avoir été vendues par un fleuriste), mais au marché du bulbe de tulipes. « Chaque bulbe peut donner naissance à un à cinq bulbilles », poursuit Savinien Chatel. Des nouveaux bulbes, des nouveau-nés destinés à être vendus. Plusieurs milliards de bulbes de tulipes sont ainsi produits chaque année dans le monde, un marché dont les Pays-Bas, l’autre pays du clonage, ont le quasi-monopole.

« Qu’appelle-ton la bulle du bulbe ? »

C’est un phénomène connu sous le nom de tulipomania, qui a marqué le début du développement de la tulipe aux Pays-Bas, au début du 17e siècle. La plante, arrivée de Turquie, et encore rare, est un produit de luxe. Une véritable frénésie s'empare de la société hollandaise. Les bulbes les plus recherchés, et les plus chers, sont bicolores, panachés. Ironie de l'histoire, il s'agit, on l'apprendra plus tard, de tulipes malades d'un virus. Le prix d'un simple bulbe peut alors atteindre 15 fois le salaire d'un ouvrier, et même la valeur d'une maison... L'heure est à la spéculation. Une bulle du bulbe qui finira par exploser ; le premier krach financier de l'humanité.

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