Chronique des médias

États-Unis: Joe Biden, ou l’ère du post-mensonge

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«Nous devons rejeter la culture dans laquelle les faits eux-mêmes sont manipulés et même fabriqués», a déclaré Joe Biden, en référence aux innombrables infox de Donald Trump
«Nous devons rejeter la culture dans laquelle les faits eux-mêmes sont manipulés et même fabriqués», a déclaré Joe Biden, en référence aux innombrables infox de Donald Trump © AFP/Jim Watson/File

Retour sur l’investiture de Joe Biden mercredi 20 janvier 2021 qui marque le début d'une nouvelle histoire entre les médias et la Maison Blanche.

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C’est un Joe Biden en pleine recherche d’unité et soucieux de restaurer la vérité dans ses droits qui est apparu à son discours d’investiture, le 20 janvier. « Nous devons rejeter la culture dans laquelle les faits eux-mêmes sont manipulés et même fabriqués », a déclaré le président américain, en référence aux innombrables infox de Donald Trump.

Ce n’est pas seulement un positionnement contre les mensonges, c’est aussi un combat de civilisation pour parler une langue commune, celle des faits, et non celle des vérités alternatives. « Les faits rien que les faits », c’est aussi au cœur du journalisme et donc de la démocratie américaine par le premier amendement.

Pourtant, les journaux, et les médias en général, n’ont pas eu à souffrir du trumpisme sur le plan économique. Un seul chiffre : le New York Times est passé en cinq ans de 1 à 7 millions d’abonnés numériques. Il a fait sa Une tous les jours sur Donald Trump. Quant aux chaînes d’info, CNN, Fox News, MSNBC, elles ont vu leur audience s’amplifier, essentiellement auprès de partisans de démocrates côté CNN et CNBC, et auprès de républicains, côté Fox News.

Vers une relation apaisée entre le pouvoir et les médias

A l’image du pays, ces grands médias sont assez divisés, mais ils se sont retrouvés in extremis sur une certaine idée de la vérité, au moment où Donald Trump a accusé son rival de lui voler l’élection. On a même vu CNBC et MSNBC interrompre la retransmission d’un discours du président pour démentir ses accusations de fraude. CNN et Fox News n’ont pas été jusque-là mais elles sont sorties de toute prétention à la neutralité pour dire sans ambiguité qui a gagné l’élection. Cela a amené Twitter et Facebook à suspendre aussitôt le compte de Donald Trump.

Alors ce qui attend Joe Biden, c’est bien sûr une relation plus apaisée entre le pouvoir et les médias. Mais certains espèrent aussi une véritable régulation des plateformes, alors que Twitter et Facebook ont fait la démonstration qu’ils étaient comparables à des médias, avec une ligne éditoriale. Pas seulement lors de l’élection mais aussi pendant la campagne puisqu’on a vu les deux géants enlever toute visibilité à un article du New York Post hostile au fils du nouveau président, Hunter Biden.

Un bon révélateur du degré d’indépendance de Joe Biden vis-à-vis de ceux qui l’ont fait roi sera maintenant de voir comment il gère les demandes de démantèlement des Gafa. Et s’il laisse des entreprises privées décider seules de qui a droit à être présent sur leurs réseaux. Le retour de Donald Trump sur Facebook est soumis à une décision du conseil des sages du géant. Et c’est d’Amazon que dépend l’hébergement de sa parole sur le réseau social Parler, connu pour ses messages d’appels à la violence au Capitole.

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