Chronique des médias

Illibérale gestion de l’information en Europe centrale

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La Hongrie et la Pologne exercent une pression sur les médias indépendants pour renforcer le parti au pouvoir et affaiblir les voix d’opposition.
La Hongrie et la Pologne exercent une pression sur les médias indépendants pour renforcer le parti au pouvoir et affaiblir les voix d’opposition. © CC0 Pixabay/Tomasz Manderla

En Hongrie et en Pologne, différentes mesures sont prises pour affaiblir les médias indépendants et la liberté de l’information.

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Hongrie, Pologne… Nous sommes en Europe, bien sûr, et il n’est pas question dans ces pays de retirer son autorisation d’émettre à la BBC, comme l’a fait cette semaine la Chine en faisant payer à la chaîne BBC World News non seulement ses reportages sur la gestion chinoise de la pandémie et la répression dans le Xinjiang mais aussi la révocation par le régulateur britannique de la chaîne pro-Pékin, CGTN.

En Hongrie comme en Pologne, nous sommes au sein de l’Union européenne, avec un socle de valeurs commun, favorables à la liberté de l’information. Seulement, on peut être un pays européen démocratique, avec des élections libres, et exercer une pression sur les médias indépendants pour renforcer le parti au pouvoir et affaiblir les voix d’opposition.

Purges au sein de l’audiovisuel public et emprise sur les médias privés

C’est ce qu’on a vu en Hongrie, avec Viktor Orban, revenu au pouvoir en 2010. Il y a eu d’abord eu des purges au sein de l’audiovisuel public puis on a vu des proches d’Orban s’emparer de médias privés, comme le quotidien Magyar Nemzet ou les sites Index et Origo. Un quotidien d’opposition, le Nepszabadsag, a même dû fermer. Dimanche, sauf imprévu, c’est la grande radio d’information Klubradio qui cessera d’émettre. En septembre, le conseil des médias hongrois a remis en jeu sa fréquence en expliquant qu’elle avait commis des infractions liées à des retards.

Klubradio, qui n’émet plus qu’à Budapest, a bien l’intention de faire appel devant la cour de justice de l’Union européenne, car il n’a pu obtenir des juges hongrois un prolongement de son autorisation. Bruxelles, bien sûr, appuie Klubradio, mais il est peu probable, selon Le Monde, que cette interruption soit constitutive d’une atteinte à l’État de droit, susceptible de remettre en cause l’accès de la Hongrie au plan de relance européen.

Affaiblir davantage les médias indépendants et privés en pleine pandémie

En Pologne, le gouvernement tenu par le PiS, utilise une arme contre les médias indépendants qu’a déjà utilisée Orban il y a sept ans : une taxe sur les recettes publicitaires des télés, radios et journaux privés. Evidemment, le motif semble louable : il s’agit de renflouer les caisses des services de santé. Mais en pleine pandémie, cela vient encore affaiblir des médias privés et indépendants qui pourraient ne pas s’en relever.

Pendant ce temps, une rallonge de 445 millions d’euros est votée au Parlement en faveur de médias publics, amis du pouvoir. Pendant ce temps, les géants du numérique sont à peine mis à contribution et le principal groupe d’énergie, Orlen, dont l’Etat possède 27 %, rachète le premier distributeur de presse et un énorme réseau de médias locaux jusque-là détenu par Polska Press. Désormais, c’est le pouvoir lui-même qui distribue les cartes de l’information.

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