Chronique des médias

La grève de la fin d’une époque à Europe 1

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Une photo prise le 20 décembre 2018 montre des micros avec le logo d'Europe 1. (Photo d'illustration)
Une photo prise le 20 décembre 2018 montre des micros avec le logo d'Europe 1. (Photo d'illustration) © AFP - THOMAS SAMSON

Retour sur la grève qui a été déclenchée à Europe 1 sur fond de rapprochement avec la chaîne de Bolloré, CNews.

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C’est une grève qui a été décidée à l’unanimité, vendredi après-midi, par les salariés d’Europe 1 afin d’obtenir de leur direction l’annulation d’une procédure disciplinaire contre un journaliste. À l’origine, les propos « véhéments mais pas insultants », selon ses confrères, tenus par ce journaliste à une employée des ressources humaines d’Europe 1.

Mercredi en assemblée générale, l’homme se serait emporté en constatant que les propos de l’AG étaient enregistrés par cette employée. Il l’a alors soupçonnée de vouloir transmettre l’enregistrement à la direction. L’intersyndicale de la station y voit la « dernière illustration en date d'un management autoritaire et inadapté à l'œuvre à Europe 1 », même si la direction invoque des comportements antérieurs.

Cette grève où l’ensemble de la station arrête le travail, est « historique » à Europe 1. Elle est le reflet d’un malaise social évident, depuis l’annonce de la suppression d’une quarantaine de postes sur 200, consécutive aux difficultés d’audience de la radio, à ses pertes financières (-26 millions d’euros en 2020). Mais elle atteste aussi d’un climat délétère depuis que la direction a annoncé, en mai, vouloir opérer des synergies avec CNews, la chaîne d’information continue du groupe Canal+, contrôlé par Bolloré. La méthode qui consiste à se débarrasser de journalistes en délicatesse avec leur direction rappelle d’ailleurs le management en vigueur à Canal+.

Synergie en vue avec CNews

Le 30 juin, le groupe va perdre son statut de société en commandite qui empêchait les actionnaires d’avoir prise sur la station. Bolloré se retrouvera de fait premier actionnaire d’Europe 1 avec 27% du capital de Lagardère. L’industriel a à cœur de rapprocher la station de CNews et c’est le positionnement de la chaîne « à droite, voire à l’extrême droite », comme dit une tribune des salariés dans Le Monde, qui pose problème à certains salariés. C’est vrai qu’avec son éditorialiste Eric Zemmour, qui semble se préparer à une candidature à la présidentielle, CNews est de plus en plus une « chaîne d’opinion ».

À Europe 1, on attend donc un des intervenants de CNews, Dimitri Pavlenko, pour remplacer Matthieu Bellard le matin et c’est Sonia Mabrouk, qui office sur CNews l’après-midi, qui va incarner le Grand Rendez-Vous d’Europe 1, avec Les Échos et CNews. Elle remplacera Michaël Darmon, coiffé depuis la rentrée par un chef du service politique venu de Valeurs actuelles, Louis de Raguenel. Il y a cinq ans, Michaël Darmon déclarait déjà en pleine grève à iTélé, l’ancêtre de CNews : « Pour Bolloré, un média n'a pas d'autre rôle que de servir ses intérêts ».

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