Chronique des médias

Série: «Squid Game», allégorie planétaire

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Squid Game, la série la plus suivie actuellement sur Netflix.
Squid Game, la série la plus suivie actuellement sur Netflix. © Siren Pictures Inc.

La série sud-coréenne, sur Netflix, suscite un engouement mondial et témoigne des nouvelles méthodes de création de la plateforme américaine.

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C’est un succès encore plus phénoménal que la Casa de Papel, Lupin ou Bridgerton. La série Squid Game a déjà été vue par 111 millions de foyers, soit plus de la moitié des 210 millions d’abonnés à Netflix. Alors bien sûr, la grande question est de savoir pourquoi cette série coréenne a un tel retentissement alors même qu’il y a dix ans, aucun producteur n’en voulait et qu’elle a été diffusée sur une chaîne nationale sans faire grand bruit jusque-là.

Des ingrédients qui expliquent l’engouement planétaire

Outre une scénographie impressionnante et une réalisation soignée, c’est d’abord une série qui reprend les codes de la télé-réalité, avec son principe d’élimination des candidats en l’occurrence au sens physique, définitif, du terme. Ensuite, Squid Game empreinte à l’univers des jeux vidéo, mais avec une particularité : ce sont des jeux pour enfants. Le téléspectateur, ainsi, n’a pas besoin de comprendre les règles du jeu et peut se concentrer sur les personnages.

La rencontre entre le monde de l’enfance et la violence crée un effet de sidération qui maintient l’attention. Enfin et surtout, c’est une allégorie sociale : ce sont les gens marginalisés, endettés, parfois immigrés, bref, les plus fragiles de la société qui sont les victimes. Squid Game n’est pas seulement un jeu propre à la Corée. C’est aussi une allégorie de la violence dans nos sociétés mondialisées et régies par l’argent.

Phénomène mondial grâce aux réseaux sociaux

Avec un tel niveau de visionnage des neuf épisodes, Squid Game pose aussi la question de la redoutable efficacité de Netflix quand il s’agit de devenir accroc à une série. Chacun est incité à regarder au plus vite l’épisode suivant, car l’intrigue se tend toujours à la fin et la suite se lance automatiquement : on enchaîne donc les épisodes pour regarder la série en une seule fois. Seulement, la série n’aurait pas le même succès sans les réseaux sociaux. Par mimétisme, les jeunes regardent ce que d’autres regardent. Y compris en Chine ou des sites de streaming proposent aussi de regarder la série de façon illégale.

Pour le petit monde audiovisuel, cela n’est pas sans danger, car la masse de consommateurs sur une plateforme mondiale change pas mal de paramètres. Les chaînes nationales s’inquiètent des moyens colossaux mobilisés pour aspirer les meilleurs acteurs et les réalisateurs de talent. Et Netflix investit 500 millions de dollars par an pour produire des films ou des séries en Corée. 

En France, on n’en est pas encore là, mais Omar Sy, après le succès de Lupin, s’est engagé à tourner plusieurs années pour Netflix. De quoi contrarier le plan France 2030 d’Emmanuel Macron, qui vise à placer la France en tête des contenus culturels et créatifs.

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