Chronique des matières premières

Riz contre cajou, en Guinée-Bissau le troc bat son plein

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Le cours du troc s'adapte au marché. Cette année 1 kilo de noix s'échange contre 1 kilo de riz.
Le cours du troc s'adapte au marché. Cette année 1 kilo de noix s'échange contre 1 kilo de riz. © CC0 Pixabay/Contributeurs/Montage RFI

Un kilo de noix de cajou contre un kilo de riz. Cela s'appelle du troc, et ça se passe en Guinée-Bissau. Cette pratique bat son plein en ce moment, elle est spécifique au pays et vitale pour les producteurs. 

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La pratique est illégale parce qu’elle est souvent déséquilibrée et profite souvent à celui qui rend service, l’intermédiaire. Mais elle est tolérée, parce qu’aucune alternative n’existe. Le troc fait partie de l’histoire même de la culture de cajou en Guinée-Bissau et a donc toujours existé. Pour beaucoup de producteurs, c’est le moyen le moins cher pour s’approvisionner en riz, la base de l’alimentation quotidienne. 

Même s’ils paient le prix fort, et si certains s’enrichissent sur leur dos, ils sont contraints d’accepter : le réseau commercial dans certaines zones du pays est très pauvre, et les routes très mauvaises pour accéder à un magasin. Alors quand un négociant propose d’apporter du riz chez un planteur, contre de la noix de cajou, c’est beaucoup plus simple. Le riz proposé est du riz importé, souvent de piètre qualité, mais il a le mérite d’arriver à demeure. 90 % de la production de cajou se vend ou se troque au portail même des plantations.

Le troc, reflet d’une filière désorganisée ?

« Le troc est le reflet d’une réalité économique, celle d’une monoculture de cajou qui ne nourrit pas ses paysans, d’un enclavement du pays, et de l’absence d’offre de crédit agricole », résume un homme d’affaires bissau-guinéen. Le cours du troc s’adapte au marché. Cette année 1 kg de noix s’échange contre 1 kg de riz. L’année dernière pour la même quantité de riz, il fallait 1,5 kg de noix de cajou. 

Le troc se pratique à deux moments de l’année, et pour deux raisons différentes : avant la récolte, en novembre et décembre, le riz est donné aux producteurs, qui ont besoin d’un prêt, il sera remboursé plus tard en cajou. En avril, mai, juin, au moment de la campagne commerciale de cajou, comme en ce moment, le riz sert de paiement pour une partie de la récolte, sous forme d’échange direct, le jour même sur les plantations. 

Le troc a tendance à baisser quand les prix de la noix de cajou montent

L’année dernière les producteurs qui pratiquent le troc, car ce n’est pas le cas de tous, ont échangé sur ce marché informel, autour de 300 kg de noix de cajou, selon le Bissau Economics Lab (BELAB), un institut de recherche. Cette année cette pratique pourrait être plus développée, car la campagne de commercialisation a commencé plus tôt, en saison sèche, au moment donc où les routes sont meilleures, ce qui devrait permettre aux intermédiaires de se déplacer plus facilement et d’apporter plus de riz à l’intérieur du pays en échange de noix de cajou.

Mais d’autres paramètres entrent en compte, comme celui du cours de la noix de cajou, car lorsque son prix augmente de manière significative comme en 2017, la tendance au troc diminue, explique le directeur du BELAB et chercheur à NOVAFRICA-Université nouvelle de Lisbonne, Brais Alvarez Pereira. Ce n’est qu’à la fin de la saison qu’un bilan pourra être établi.

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