Chronique des matières premières

L’appellation riz basmati, l'autre bras de fer entre Inde et Pakistan

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L'Inde et le Pakistan sont les deux producteurs historiques de riz basmati. Mais l'Inde a déposé l'année dernière une demande d'Indication géographique protégée à Bruxelles.
L'Inde et le Pakistan sont les deux producteurs historiques de riz basmati. Mais l'Inde a déposé l'année dernière une demande d'Indication géographique protégée à Bruxelles. © AFP/Arif Ali

Bras de fer, entre l'Inde et le Pakistan, sur le riz basmati. En jeu, l’appellation IGP (Indication géographique protégée) que New Delhi cherche à obtenir en Europe, au grand désespoir d’Islamabad qui revendique aussi l’usage du nom « basmati ».

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C’est un sujet sensible depuis longtemps, car comme d’autres appellations, le nom basmati n’est pas protégé. Et donc potentiellement utilisable par tout producteur de riz parfumé.

En 1997 l’Inde s’était opposée à une société américaine qui revendiquait l’appellation pour un riz nouveau qu’elle avait mis au point. Aujourd’hui, c’est avec son voisin pakistanais que se cristallise la guerre commerciale.

Le Pakistan fournit les deux tiers du marché européen en basmati

Les deux pays sont les deux producteurs historiques de riz basmati. Mais l’Inde a déposé l’année dernière une demande d’Indication géographique protégée à Bruxelles publiée au journal officiel le 11 septembre 2020. Une démarche commerciale, mais aussi intérieure, explique Jean-Pierre Brun, courtier en riz pour la société Martin Brun et fils. Une des nouvelles zones indiennes de production n’est en effet pas reconnue comme telle par les trois régions phares de culture du basmati dans le pays. L’IGP européenne serait un moyen pour l’Inde de résoudre ce différent interne.

Le Pakistan, quatrième exportateur mondial de riz qui fournit 2/3 du marché européen en basmati a lui inévitablement perçu cette démarche comme inamicale et tient aussi à sa dénomination basmati. À la clé, il y a des contrats en Europe et un gros marché au Moyen-Orient, qui pourrait être affecté si son image est mise à mal.

Le riz basmati exempté de taxe en Europe

Au-delà du volume des contrats, le prix de vente est aussi un enjeu. Le label IGP permet à un produit agricole d’être vendu 50 % plus cher selon une étude de la Commission européenne publiée il y a un an. Le qualificatif particulier de basmati donne aussi une plus-value supplémentaire au riz : en effet, le riz basmati n’étant pas produit en Europe, il est exempté de taxes à l’importation.

Si le Pakistan perd la bataille sur le territoire européen, il sera assujetti à une taxe de 42 euros la tonne, pour du riz cargo, c’est à dire du riz brun ou complet. Un coût non négligeable qui réduit la marge de l’importateur et rend le riz évidemment moins compétitif.

Depuis le dépôt de la demande d’IGP par l’Inde, une douzaine d’objections ont été reçues par la Commission européenne. Comme le prévoit la procédure, des consultations sont ouvertes pour trouver un éventuel compromis. Elles ont jusqu’à septembre pour aboutir.

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