Chronique des matières premières

Avocat, une saison sauvée, mais des lendemains incertains

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Il existe 3 grands groupes d’avocat : l’avocat mexicain, l’avocat guatémaltèque appelé Haas et l’avocat antillais.
Il existe 3 grands groupes d’avocat : l’avocat mexicain, l’avocat guatémaltèque appelé Haas et l’avocat antillais. Getty Images/iStockphoto - locknloadlabrador

À l’image de sa peau résistante, l’avocat a traversé l’épidémie de Covid sans vaciller ou presque. La saison qui se termine est donc sauvée pour le fruit chouchou des Américains, qui intéresse de plus en plus les cultivateurs africains. 

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Peu de fruits peuvent s’enorgueillir d’obtenir les mêmes performances commerciales que l’avocat. Pour cette campagne, la croissance par rapport à la saison précédente devrait être de 300 000 tonnes en volume, un quasi record, selon la cellule d’études économiques Fruitrop.

Les exportations ont fait des bonds, la production aussi avec des surfaces qui ont largement augmenté chez la plupart des fournisseurs. À commencer par le Mexique, numéro 1 mondial, mais également en Colombie et au Pérou qui s’imposent de plus en plus.

Une dynamique de production très forte même en Afrique

Même l’Afrique qui ne représente que 7% de la production mondiale et l’équivalent en exportation, progresse. Les vergers commerciaux se développent au Kenya, au Mozambique, en Tanzanie et au Maroc. Ils complètent l’offre sud-africaine, qui fournit traditionnellement les marchés européens en été. Dopée par la forte valeur ajoutée qui colle à l’avocat, la dynamique de production est énorme. Mais celle de la consommation aussi. Elle repose sur deux grands clients, les États-Unis, où sont consommés 50% des avocats, et l’Europe qui en consomme un tiers.

L’impact de la pandémie aurait pu être majeur sur la filière, car le marché repose en grande partie sur la consommation hors du domicile, c’est-à-dire dans les restaurants et les collectivités, un secteur mis à terre par le Covid – 30 % des avocats américains sont consommés dans ce cadre. Mais malgré cela, grâce à des prix défiant toute concurrence aux États-Unis, le marché a résisté, et s’est même développé au niveau mondial. Une prouesse.

Planter toujours plus, une stratégie dangereuse

Mais les experts s’inquiètent : croire que la consommation va augmenter à l’infini et qu’il faut planter sans limites serait une grave erreur. Car à moins de voir le marché asiatique se développer – c’est un des trous noirs dans le secteur –, il risque d’y avoir rapidement surabondance. Eric Imbert chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) résume : « On a le sentiment d’avoir un verger mondial qui avance plus vite que la demande mondiale pourtant très dynamique ». 

Le risque, c’est de voir des prix qui baissent durablement et les petits cultivateurs, encore nombreux, en difficulté.

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