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Fréquence Asie

La diplomatie des vaccins chinois

Audio 03:35
Un agent vérifie un conteneur contenant des vaccins Covid-19 de la société chinoise Sinovac Biotech Ltd., à leur arrivée à l'aéroport international de Soekarno-Hatta lors du premier envoi en Indonésie, à Tangerang, près de Jakarta, le 6 décembre 2020.
Un agent vérifie un conteneur contenant des vaccins Covid-19 de la société chinoise Sinovac Biotech Ltd., à leur arrivée à l'aéroport international de Soekarno-Hatta lors du premier envoi en Indonésie, à Tangerang, près de Jakarta, le 6 décembre 2020. © Dhemas Reviyanto / Antara Foto via REUTERS

Lorsque la planète entière découvrait le coronavirus et que presque tous les pays cherchaient à tout prix des masques pour protéger leur population, l’expression « la guerre des masques » est survenue. Lorsque la course au vaccin s’est ensuite intensifiée, celle-ci a pu également prendre un tour géopolitique, en Asie du Sud-Est notamment, où Pékin est allé proposer un accès prioritaire à ses vaccins.

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C’est une annonce passée presque inaperçue. À travers des réunions en ligne, mais aussi des visites diplomatiques qui bravaient les frontières encore majoritairement fermées en Asie du Sud-Est, les autorités chinoises ont promis un accès prioritaire à leurs vaccins en Indonésie, en Malaisie, au Cambodge, aux Philippines, au Laos, à la Thaïlande et au Vietnam.

Une promesse que certains observateurs ont trouvé trop généreuse pour ne pas nécessiter en retour des contreparties. Evan Laksmana est analyste au Centre de recherches stratégiques internationales de Jakarta, en Indonésie. Avant de parler des conséquences possibles de ce vaccin chinois, il préfère rappeler le peu de choix dont disposaient ces pays.

Selon lui, « on n’avait pas beaucoup d’options. On savait très bien qu’on ne pouvait pas faire les recherches, les productions, les tests nous-mêmes, avec nos seules capacités nationales. Nous avons donc dû trouver les meilleures solutions. Les États-Unis, les pays européens et d’autres n’étaient pas à la pointe sur ces questions. Mais la Chine, elle, semblait plutôt bien réussir à gérer la pandémie. Elle a en plus la possibilité d’augmenter la production de vaccins au niveau qui est nécessaire pour les pays d’Asie du Sud-Est, car il ne faudra pas seulement quelques millions de vaccins, mais des centaines de millions de doses. Et puis, en plus de cela, depuis le début de la pandémie, avant qu’on parle de vaccins, lorsqu’il était surtout urgent de pouvoir se procurer des équipements médicaux en général, des masques FFP2, ce genre de chose, 80% ou 90% de ces biens essentiels provenaient d’entreprises chinoises. Donc, cette présence chinoise, cette aide de la Chine ou ces commandes passées aux entreprises chinoises ont naturellement ouvert la voie aux vaccins chinois. »

Dépendance accrue à la Chine

Depuis, des millions de doses ont été promises à l’Asie du Sud-Est, près de 100 millions au total en provenance de Chine rien que pour l’Indonésie d’ici début 2021. Et les tensions diplomatiques de certains pays qui attendent ces précieuses doses semblent s’être soudainement adoucies. La Malaisie a par exemple relâché 60 pêcheurs chinois emprisonnés pour avoir pratiqué leur activité dans des eaux considérées comme malaisiennes. En Indonésie, trois Ouïgours ont été expulsés vers la Chine. Si Evan Laksmana reste très prudent sur de possibles liens avec le vaccin chinois, il note cependant que celui-ci peut avoir des conséquences diplomatiques et géopolitiques.

« Il n’y a pas eu de demande explicite, pas de contreparties exigées par la Chine, qui auraient par exemple été formulées ainsi : “si on vous aide à avoir accès au vaccin, retirez-vous de la mer de Chine”, explique-t-il. Ce n’est pas ce dont il est question aujourd’hui. Mais cette situation génère clairement une certaine vulnérabilité pour les pays d’Asie du Sud-Est. Avant la pandémie, l’Indonésie par exemple était déjà dépendante économiquement de la Chine, pour le commerce, la croissance ou l’investissement. Avec le coronavirus, il faudra ajouter à tout cela l’approvisionnement médical. Et comme ce vaccin est une collaboration à long terme, - ce n’est pas un partenariat de six mois et puis au revoir -, il y a donc une inquiétude en effet aujourd’hui. Avant le coronavirus, on ne savait déjà pas trop comment se comporter avec la Chine, comment équilibrer notre dépendance économique envers elle et défendre en même temps nos intérêts en mer de Chine. Le vaccin créé un nouveau niveau de complication. Et je ne suis pas sûr que nos gouvernants aient trouvé une façon de gérer tout cela. »

En attendant, le vaccin chinois testé en Indonésie serait, selon ses promoteurs, efficace à 97%. Mais il est encore difficile de savoir pour combien de temps il garantit l’immunité face au coronavirus. Une étude du journal scientifique The Lancet rappelle en effet que la durée de protection des vaccins anti-Covid-19 est encore inconnue. Et si des doses régulières sont nécessaires, la diplomatie du vaccin chinois pourra s’installer dans la durée. 

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