Les dessous de l'infox, la chronique

Joe Biden à la Maison-Blanche, fin de partie pour les complotistes de QAnon

Audio 02:59
Joe Biden prête serment en compagnie de la 1ere dame Jill Biden, en tant que 46e président des États-Unis, le 20 janvier 2021.
Joe Biden prête serment en compagnie de la 1ere dame Jill Biden, en tant que 46e président des États-Unis, le 20 janvier 2021. AFP - BRENDAN SMIALOWSKI
Par : Sophie Malibeaux
7 mn

Le président élu Joe Biden a pris place à la Maison Blanche ce mercredi 20 janvier 2021, c’est une réalité. L’événement a été relayé dans le monde entier, au grand dam de ceux qui, jusqu’au bout, ont contesté son élection et cru au maintien de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Théoriquement c’est donc la fin d’une mystification propagée par la mouvance QAnon. Les plus irréductibles de ses adeptes, qui ont vu leurs comptes suspendus sur les grandes plates-formes, cherchent pourtant un nouvel exutoire à leur colère.

Publicité

Un mythe s’est effondré cette semaine. Depuis l’entrée de Joe Biden à la Maison Blanche ce mercredi 20 janvier 2021, les internautes revendiquant leur appartenance à la communauté QAnon naviguent sur les réseaux sociaux, animés par la rage et le désespoir. Pour certains, la gueule de bois a commencé au lendemain de l’intrusion des éléments les plus déterminés à l’intérieur du Capitole le 6 janvier. L’ivresse de cette folle journée fut stoppée net par les appels au calme de Donald Trump.  Bien qu’éliminé des réseaux qui lui permettaient jusque-là de communiquer avec sa base, les dernières vidéos réalisées depuis la Maison-Blanche, ont été reçues par certains comme un abandon en rase campagne. 

Restait le noyau dur du mouvement, les inconditionnels et leurs tweets annonçant qu’un événement ÉNORME allait se produire, qui empêcherait le président Biden de prendre ses fonctions. L’armée devait se retourner contre lui et arrêter tous ceux conviés à ses côtés pour son investiture. La suite, on la connait, l’alternance a eu lieu, et les initiés de QAnon ont dû manger leur chapeau.  

QAnon face à la réalité de l’alternance 

L’audience de la mouvance conspirationniste s’est considérablement réduite pour deux raisons.  

La première raison c’est que les grandes plateformes YouTube, Facebook et Twitter ont procédé à la suspension de dizaines de milliers de comptes, parmi les plus radicaux, ceux que ces plateformes estiment responsables des appels à la haine, et des violences commises lors de l’invasion du Capitole.  

La deuxième raison c’est que cette entreprise de mystification s’est sabordée d’elle-même. Le 20 janvier, la cérémonie achevée, on pouvait lire ce tweet de Ron Watkins, tête de proue du mouvement, suspecté d’être l’auteur des tweets signés Q: « Nous avons tout donné - écrit-il. Maintenant nous devons garder la tête haute, et retourner à nos vies de la meilleure manière possible. Nous avons un nouveau président et c’est notre responsabilité en tant que citoyens de respecter la Constitution ». 

Autant dire que cette publication a semé le trouble chez ceux qui se présentaient comme les « guerriers du web ». Ron Watkins a peut-être fini par craindre les poursuites pénales pour avoir hébergé et encouragé les appels à la haine, et suscité l’invasion du Capitole. Le fait est que son armée de propagandistes est aujourd’hui décapitée. D’autres figures émergeront peut-être, mais nombreux sont ceux qui réalisent aujourd’hui qu’ils se sont fait avoir. 

Trumpisme et radicalisation

Le trumpisme et les mouvements extrémistes qui sont apparus plus décomplexés que jamais ces dernières années, ne vont pas se dissiper pour autant. Cela fait des années que QAnon accumule les accusations sans fondement à l’encontre des démocrates et des progressistes en général, sur le thème de la pédophilie notamment. Et QAnon s’est particulièrement attaché, sur le terrain politique, à délégitimer l’administration Biden en prétendant que ce sont des fraudes massives qui l’ont portée au pouvoir. Or, Donald Trump et nombre de républicains siégeant au Congrès aujourd’hui n’ont toujours pas admis leur défaite.

Au lendemain de l’investiture de Joe Biden, on entendait sur la chaîne pro Trump NewsMax, la représentante Marjorie Taylor Greene, une républicaine se réclamant de QAnon, évoquer une procédure d’impeachment contre Joe Biden. Quant aux milices et aux suprémacistes blancs qui existaient avant QAnon, ils continueront d’exister après QAnon, déterminés notamment à préserver leur droit d’être armés, et pas seulement sur le terrain virtuel des réseaux sociaux. 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail