Les dessous de l'infox, la chronique

Passeport vaccinal: un débat pollué par les infox sur les réseaux sociaux

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Des passagers dans un centre de test Covid-19, installé dans le hall d'arrivée de l'aéroport international Roissy-Charles de Gaulle au nord de Paris, vendredi 24 juillet 2020.
Des passagers dans un centre de test Covid-19, installé dans le hall d'arrivée de l'aéroport international Roissy-Charles de Gaulle au nord de Paris, vendredi 24 juillet 2020. AP Photo/Christophe Ena
Par : Sophie Malibeaux
7 mn

Comment enrayer la propagation du coronavirus, tout en respectant les libertés publiques et la liberté de circulation ? Les notions de passeport sanitaire ou passeport vaccinal sont loin de faire l’unanimité. Sur les réseaux sociaux les infox se répandent et risquent de fausser le débat. Cette chronique est réalisée en partenariat avec Sophie Podevin et Pauline Auffret de l’EPJT, l’Ecole publique de journalisme de Tours.

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« C’est passé inaperçu, mais on vient de se faire entuber », explique Fab Roots 3 sur sa chaîne YouTube, suivie par deux milles personnes. Le youtubeur, diffuseur de thèses conspirationnistes, relaye un extrait de débat d’une grande chaîne de télévision, où sont notamment citées des figures politiques d’extrême droite dénonçant la « dictature sanitaire ». Le débat tel qu’il s’est tenu sur LCI a été tronqué par le youtubeur, de façon à faire croire que l’adoption d’un « passeport sanitaire » était déjà entérinée, ce qui est loin d’être le cas.

En Europe, la France et l’Allemagne se montrent encore très réticentes face à l’idée du passeport vaccinal, ou même du passeport sanitaire, même si l’adoption de mesures de contrôle renforcées est envisagée pour enrayer la propagation des nouveaux variants du virus.

En France, les autorités estiment le débat prématuré. Le ministre de la Santé déclarait vendredi 23 janvier dans Le Parisien à propos du passeport vaccinal : « La question ne se pose pas, car tout le monde n’a pas accès au vaccin, et on ne sait pas s’il empêche la transmission ».« Dans quelques mois, ajoute Olivier Véran, quand les choses auront évolué, on ne pourra pas priver les Français de ce débat. »

La peur de l’obligation vaccinale

L’obligation d’un test négatif pour entrer en France est assimilé, à tort, à une fermeture des frontières. Cela conduit certains à conclure que le passeport vaccinal est de facto déjà en place. Or, c’est bien un test PCR qui est demandé aux frontières, dans certains cas, et non une certification vaccinale. 

La désinformation à ce sujet risque de polluer le débat, en jouant sur les peurs. Des internautes parlent ainsi de ce passeport comme d’un certificat qui deviendrait indispensable pour vivre normalement, et sans lequel les individus non-vaccinés se retrouveraient rejetés, aux marges de la société. Cette idée est soutenue notamment par le Mouvement national démocrate sous le titre : « Passeport vaccinal: vers un nouvel apartheid ». 

Sur son site, le parti d’extrême droite développe un scénario selon lequel la vaccination anti-covid deviendrait un laisser-passer pour entrer dans des lieux publics, les restaurants, les cinémas etc… Facultative en théorie, la vaccination deviendrait obligatoire dans les faits. Dans la réalité, en France, ce scénario tient du fantasme. 

Les médias mensongers, une marotte des complotistes

Ceux qui propagent les infox sur ce sujet s’en prennent tout particulièrement aux grands médias, accusés de diffuser de faux sondages.

De nombreux internautes, comme Adina de Souzy, dont le compte est suivi par plus de 12 000 twittos, font voter leurs abonnés et obtiennent donc des scores de plus de 80% contre le passeport vaccinal. Cela n’a rien d’étonnant puisque ces internautes sont le plus souvent suivis par ceux qui partagent leurs opinions.

Ils opposent les résultats biaisés de ces enquêtes sans méthodologie, à ceux obtenus par de grands instituts, comme l’Ifop, dont le sondage du 16 janvier, publié par Le Parisien. Ce dernier révélait une adhésion à l’obligation vaccinale de l’ordre de 62%, pour les personnes souhaitant prendre l’avion, se rendre à l’étranger, et 60% pour celles ayant l’intention de rendre visite à des personnes vulnérables, en EPHAD ou à l’hôpital. Cela permettrait de relativiser l’impact de la désinformation et de son aspect repoussoir vis-à-vis de la vaccination.

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