Les dessous de l'infox, la chronique

Au Mexique: le dioxyde de chlore un faux médicament contre le Covid-19 fait florès

Audio 03:11
Des proches de patients atteints de Covid font la file pour recharger leurs bonbonnes d'oxygène médical dans la capitale Mexico, où la demande explose à cause de la saturation des hôpitaux qui oblige de nombreux malades à se soigner chez eux. Dans la file, plusieurs personnes distribuent des prospectus qui vantent une solution miracle qualifiée « d’Oxygénateur de cellules… » (Illustration).
Des proches de patients atteints de Covid font la file pour recharger leurs bonbonnes d'oxygène médical dans la capitale Mexico, où la demande explose à cause de la saturation des hôpitaux qui oblige de nombreux malades à se soigner chez eux. Dans la file, plusieurs personnes distribuent des prospectus qui vantent une solution miracle qualifiée « d’Oxygénateur de cellules… » (Illustration). © RFI/Alix Hardy

Aujourd’hui c’est en Amérique latine que nous allons, plus précisément au Mexique où les remèdes de charlatan font florès face à une deuxième vague très virulente de la pandémie de coronavirus. Un faux remède en particulier a la dent dure, c’est le dioxyde de chlore, une solution chimique qui promet de tuer virus et bactéries dans votre corps. Notre correspondante à Mexico, Alix Hardy a vu cette infox ressurgir récemment.

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Oui, et à un endroit où les gens sont particulièrement vulnérables : dans la file pour remplir les bonbonnes d’oxygène médical. La capitale Mexico a connu un début d’année très mouvementé avec des hôpitaux complètement saturés et donc des milliers de patients contraints de se soigner chez eux… Cela a fait exploser la demande de bouteilles d’oxygène médical…et dans la file pour les remplir, plusieurs personnes distribuent des prospectus qui vantent une solution miracle qualifiée « d’Oxygénateur de cellules… » Quoi de mieux qu’un pseudo médicament qui promet d’aider les patients à remonter leurs niveaux d’oxygène dans une file de proches de malades angoissés à l’idée de ne pas réussir à remplir leur bonbonne à temps ?

Le prospectus fait la pub d’un produit de la marque « Biorox ». C’est en fait une énième version de ce qu’on appelle aussi le dioxyde de chlore, ou encore Solution Minérale Miracle, une infox extrêmement bien enracinée sur le continent américain et ce depuis des années.

C’est un désinfectant, un cousin de la Javel, qui promet de guérir tout et n’importe quoi : quelques gouttes dans de l’eau vous libéreront du cancer, de l’acné, de l’insomnie, de l’arthrite … et désormais du Covid-19. À petite dose a priori cette solution n’a pas d’effet, mais l’ingestion répétée ou en trop grande quantité peut causer des vomissements, des brûlures des muqueuses, une insuffisance respiratoire et même se révéler mortelle…

À noter que l’un des arguments principaux des promoteurs du produit pour justifier que les institutions le boudent, c’est qu’il serait controversé parce que comme il est peu onéreux à produire, cela contrecarre les plans des grands groupes pharmaceutiques qui chercheraient à nous vendre des remèdes extrêmement chers… Un argument qui rejoint les thèses du complot.

Cela n’empêche pas de nombreux Latino-Américains de l’utiliser

Oui, cette infox semble impossible à démentir une fois pour toutes et a énormément de succès dans des pays fortement touchés par le coronavirus et dont les systèmes de santé sont défaillants. Au Mexique, de nombreux médecins charlatans en font la promotion, ainsi que plusieurs personnalités de seconde zone, mais qui signent des chroniques dans des journaux qui ont pignon sur rue, ou des émissions à des heures de grande écoute... En Bolivie cela va plus loin, c’est le parti au pouvoir, le MAS, qui a fait voter une loi pour légaliser le commerce et l’usage du dioxyde de chlore… et le président lui-même en fait la promotion.

Un remède qui vient en fait des États-Unis...

Oui, le dioxyde de chlore et ses dérivés ont une trajectoire assez incroyable : à l’origine le produit a été développé par deux Américains au début des années 2000. Ils ont également - et c’est là que cela devient à peine croyable - fondé un culte, l’Église Genesis II, que l’État américain soupçonne d’être une façade afin de pouvoir vendre leur remède en toute liberté sous l’étiquette de sacrement pour échapper à la régulation du produit.

Ce soi-disant culte a des relais dans plusieurs pays d’Amérique latine et jusqu’en Australie, et l’actuel leader du groupe, Mark Grenon, a été arrêté en Colombie avec son fils en août dernier sur ordre de la justice américaine. Ils sont accusés de fraude et association de malfaiteurs et pourraient être condamnés à jusqu’à 14 ans de prison.

Plusieurs pays soupçonnent le faux remède d’avoir fait des victimes. Au moment de l’arrestation de Grenon, le procureur colombien a avancé le chiffre de 7 décès liés au dioxyde de chlore aux États-Unis. En Argentine trois décès et deux intoxications sont suspectées d'être liées à l'utilisation de ce produit.

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