Les dessous de l'infox, la chronique

Origines du Sars-CoV-2: comment le complotisme a contribué à brouiller les pistes

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Personnel de sécurité devant l'entrée de l'Institut de virologie de Wuhan, en Chine. Photo prise lors de la visite d'une équipe de l'Organisation mondiale de la santé en en février 2021.
Personnel de sécurité devant l'entrée de l'Institut de virologie de Wuhan, en Chine. Photo prise lors de la visite d'une équipe de l'Organisation mondiale de la santé en en février 2021. © AP - Ng Han Guan

Depuis l’émergence du nouveau coronavirus, les scientifiques ne ménagent pas leur peine pour trouver comment le virus a pu se transmettre à l’homme. Cette question est au cœur d’une guerre informationnelle entre la Chine et les États-Unis. Taxée de thèse complotiste dans un premier temps, l’hypothèse d’une fuite de laboratoire refait surface.

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En réalité la thèse d’une fuite accidentelle d’un laboratoire n’a jamais été totalement invalidée. Mais au moment où l’épidémie commençait à se propager, la transmission naturelle à l’homme par un hôte intermédiaire, lui-même contaminé par la chauve-souris, apparaissait de loin comme l’hypothèse la plus probable, sur le modèle de ce qui s’était passé avec les virus du SRAS et du MERS. Or, contrairement à ces précédents épisodes où l’on avait pu rapidement trouver l’animal par lequel le virus avait contaminé l’homme, cette fois-ci, rien ne permet d’aboutir à de telles conclusions. Quinze mois se sont écoulés sans que les recherches ne débouchent sur une piste sérieuse. À défaut, la « piste du labo » est de nouveau évoquée. Cela n’en fait pas forcément une piste à privilégier.

L’instrumentalisation de la « thèse du labo »

De fait, une partie des défenseurs de cette thèse, ont dès le début, voulu s’en emparer à des fins politiques, sans qu’aucun fait avéré ne permette encore de l’étayer. Fin janvier 2020, avant même le début d’une enquête sur le sujet, ce sont les milieux nationalistes ultra-conservateurs, Steve Banon et ses comparses, qui se sont emparés de l’affaire, excluant d’emblée l’hypothèse d'une contamination naturelle. Breitbart News pointant du doigt le laboratoire le plus sécurisé de Wuhan. De son côté, dans la revue The National Interest, le néoconservateur Paul Wolfowitz parlant du même laboratoire, ajoutait qu’il travaillait en secret pour l’armée chinoise. Mais aucun des tenants de ladite « thèse du labo » n’a jamais fourni la moindre preuve. L’administration Trump elle-même penchait pour cette hypothèse, affirmant détenir des preuves qu’elle n’a jamais dévoilées.

Insatisfait de l’enquête menée par les experts de l’OMS, le président Biden vient de demander à ses agences de redoubler d’efforts dans la collecte et l’analyse des informations qui pourraient permettre d’aboutir à une conclusion définitive. La Maison Blanche donne trois mois à ses services pour avancer sur la question, -origine naturelle ou accident de laboratoire. Une façon de mettre la pression sur Pékin, accusé d’opacité. Même si en l’état actuel, aucun élément de preuve ne permet encore d’accréditer cette thèse, elle reste une piste à l’étude, ne pouvant être exclue comme Pékin tente de le faire.

Sur la défensive, désireuse de projeter une image positive à travers le monde, les autorités chinoises promeuvent un autre récit. Le journal pro-gouvernemental Global Times cite une nouvelle étude selon laquelle le Pangolin pourrait bien avoir été cet hôte intermédiaire d’un virus qui aurait entre temps subit mutations et recombinaisons. Mais les auteurs de cette étude sont en fait un groupe de chercheurs émanant du laboratoire de virologie de Wuhan et de l’Académie des Sciences chinoises. Il aurait été étonnant de voir ces chercheurs aboutir à des conclusions mettant en cause leur propre centre de recherche.

L’opacité chinoise alimente les soupçons

Les autorités chinoises s’en tiennent aujourd’hui encore à considérer la thèse d’un virus échappé d’un laboratoire uniquement sous l’angle de la théorie du complot, mais ils ne sont pas les seuls à montrer un certain embarras face à une telle éventualité. En fait, les milieux de la recherche sont partagés, entre les partisans des études de gain de fonction, et leurs détracteurs. Les études de gain de fonction ce sont des travaux en laboratoire, qui permettent au virus d’acquérir des propriétés le rendant plus transmissible à l’humain. Ceci afin de se donner les moyens d'anticiper de futures épidémies.

Il y a eu manifestement des pressions venant d’un groupe de chercheurs ayant collaboré avec la Chine dans ce type de recherche, pour éviter que leurs collègues ne soient mis en cause.

Néanmoins, le fait que la Chine évacue d’emblée l’hypothèse du labo, n’a fait que renforcer les soupçons au lieu de les dissiper. Le besoin d’une enquête indépendante et sans entrave reste criant.

À lire aussi, notre article : Covid-19: le rapport de l'OMS sur les origines du virus en Chine peine à convaincre

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