Afghanistan: la manipulation des images à des fins politiques

Audio 03:11
Des chars prétendument américains laissés en Afghanistan, dans une vidéo partagée par Eric Ciotti sur Twitter, le 31 août 2021. Ces blindés ont en réalité servi lors de la première guerre d'Afghanistan opposant l’armée soviétique aux Moudjahidins dans les années 1980.
Des chars prétendument américains laissés en Afghanistan, dans une vidéo partagée par Eric Ciotti sur Twitter, le 31 août 2021. Ces blindés ont en réalité servi lors de la première guerre d'Afghanistan opposant l’armée soviétique aux Moudjahidins dans les années 1980. © capture d'écran/Twitter/Éric Ciotti/Montage RFI

La confusion qui règne en Afghanistan depuis le retrait américain est un terrain fertile pour la désinformation. Sur les réseaux sociaux circulent des images difficiles à authentifier. Des vidéos sont instrumentalisées à des fins politiques, comme ce fut le cas cette semaine, sur le compte Twitter d’Éric Ciotti, candidat à la présidentielle 2022 en France. Sophie Malibeaux avec Grégory Genevrier 

Publicité

Le tweet épinglé a été posté mardi 31 août à 11h17.  Il s’agit d’une vidéo accompagnée de ce message : « Scandaleux, les États-Unis ont laissé à des terroristes des centaines de chars, hélicoptères et autres véhicules de guerre », et il invoque la responsabilité de Joe Biden. Le tweet est immédiatement suivi de centaines de commentaires, dont certains alertent sur le fait que ces images ne correspondent pas à la description qu’en fait Éric Ciotti. Elles montrent des équipements autrefois livrés par l’URSS, en pleine guerre froide au siècle précédent.

Tweet de Eric Ciotti
Tweet de Eric Ciotti © capture d'écran Twitter

Sur la vidéo, un homme se filme entouré par des dizaines de véhicules blindés, canons et chars de combat laissés à l’abandon. Et on l’entend dire ceci, en langue pachto : « Ici, c’est l’aéroport de Kandahar et on voit des anciennes armes de l’époque des Moudjahidins » du temps des Soviétiques. Une simple recherche sur Google Earth par exemple, permet de retrouver le lieu exact où la vidéo a été tournée. Les images satellites datant de 2017 prouvent que les véhicules sont immobilisés sur un terrain vague proche de l’aéroport de Kandahar depuis plusieurs années déjà.

Le cimetière de chars à l'aéroport de Kandahar
Le cimetière de chars à l'aéroport de Kandahar © capture d'écran Google Earth

D’anciens véhicules soviétiques

Aucun équipement américain n’apparaît à l’image. Ce sont uniquement des modèles de chars russes comme des T55 ou encore des BMP-2. Ces blindés ont servi lors de la première guerre d'Afghanistan opposant l’armée soviétique aux Moudjahidins dans les années 1980.

Éric Ciotti se trompe donc de guerre. Et nous ne sommes pas les seuls à l’avoir remarqué. La vidéo vue près de 900 000 fois a suscité de nombreuses réactions, dont celles de plusieurs spécialistes qui ont parfaitement identifié la provenance des blindés, remarquant leur vétusté au passage. 

Une manipulation assumée

Malgré ces avertissements, l’auteur du tweet ne semble pas vouloir reconnaître son erreur. Il a d’ailleurs très vite bloqué les commentaires. En quelques heures, il y en a eu plus de 900. Mais les retweet continuaient au bout de trois jours, à l’heure où nous publions cet article. Bien que sollicité, aucun correctif n’a été apporté par Éric Ciotti qui prétend toujours montrer les armes laissées par les Américains avec des images de chars soviétiques.

Les précédentes occurrences de cette vidéo sur internet n’indiquent à aucun moment qu’il s’agit d’armes américaines ou d'armes laissées par les Américains. C’est donc une fabrication intentionnelle, une manipulation de l’information, visant à atteindre Joe Biden et « l’Occident », nommément visés dans le tweet. La vidéo sert un objectif plus idéologique qu'informationnel. 

En réalité, les Américains qui ont passé vingt ans sur le terrain afghan à équiper et entraîner l’armée régulière ont effectivement laissé sur place des équipements dont certains ont été démilitarisés. Il est à ce jour difficile d’évaluer l’importance des matériels abandonnés, et de savoir s'ils sont véritablement hors d'usage. En tout état de cause, la vidéo publiée sur Twitter n’apporte aucune information à ce sujet. 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI