Reportage Afrique

Ebola, le spectre de Womey en Guinée

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Vue de la ville de Womey en Guinée, en 2015. (Photo d'illustration)
Vue de la ville de Womey en Guinée, en 2015. (Photo d'illustration) The Washington Post via Getty Im - The Washington Post

En Guinée, la résurgence d’Ebola a fait au moins 8 morts sur une quinzaine de cas, principalement dans la région forestière située dans le sud du pays. Près de 5 ans après la fin de la première épidémie qui avait coûté la vie à plus de 11 300 personnes en Afrique de l’Ouest, le retour du virus a fait resurgir de douloureux souvenirs.

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L’un des épisodes les plus traumatisants fut la « tragédie de Womey », lorsqu’en septembre 2014 une délégation composée d’officiels guinéens, de religieux, de personnel de santé et de journalistes a été massacrée au cours d’une mission de prévention.

Comment expliquer cette flambée de violence et comme éviter qu’elle ne se reproduise ? Notre envoyé spécial à Nzérékoré a posé la question à deux journalistes qui ont réchappé au massacre de Womey.

Plus de 6 ans après, Facely Konaté, directeur de radio Espace forêt, peine à évoquer le souvenir de Womey. « J'étais de ceux qui devaient accompagner les autorités sanitaires », raconte-t-il. « Mon ami qui s'appelait aussi Facely devait me remplacer. Vers 15 ou 16h, on m'appelle à la radio et on me dit que des gens son pris en otages. »

Un autre des seuls survivants, Christophe Milimono de la radio rurale, nous livre également son récit : « Arrivés à Womey, nous avons été accueillis et installés. Après les discours, des jets de pierre ont commencé. Les cailloux tombaient sur nous comme des étoiles dans le ciel. » Il se souvient que « certains étaient armés de gourdins et d'autres de machettes ».

Deux jours plus tard l’armée entre dans le village déserté par ses habitants et découvre la fosse sceptique où sont dissimulés les corps. Facely Konaté peine à identifier celui de son ami malgré des signes distinctifs clairs. « Il avait un sixième doigt au niveau de la main, précise Facely. Cela aurait pu permettre de l'identifier si la bras avait été encore là... »

Une campagne de désinformation en amont de la visite aurait échauffé les esprits. « Ebola est une maladie qui a derrière elle la violence, affirme Christophe Milimono. Les rumeurs ont alimenté la panique et la méfiance. Les gens pensaient qu'ils allaient mourir. »

Mais de façon plus profonde, la violence exprimée à Womey a pu être alimentée par un sentiment de stigmatisation, notamment en raison des messages incriminant la consommation de viande de brousse très courante dans la région, comme origine de l’épidémie, et par les protocoles sanitaires.

« Quand quelqu'un meurt d'Ebola, la Croix-Rouge emporte le corps là où aucun parent n'a le droit d'accéder », selon Christophe Milimono. Les corps étaient isolés, regroupés et brûlés malgré la volonté des parents d'accéder aux dépouilles. « C'était une forme de violence, ajoute Christophe. C'est ce qui a amené la stigmatisation et la violence. On a pensé que c'était contre nos rites, contre nos coutumes et contre nos mœurs. »

Nos deux confères ont néanmoins choisi de s’engager à nouveau dans la riposte dès la réapparition du virus. « Il faut dominer notre peur pour lutter contre la désinformation. C’est une question de survie collective », conclut Facely Konaté.

 

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