Reportage Afrique

Conflit du Tigré: terreur à Adi Gudem [5/5]

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Soldats fédéraux éthiopiens marchant le long de la route, dans la région du Tigré, mai 2021.
Soldats fédéraux éthiopiens marchant le long de la route, dans la région du Tigré, mai 2021. © RFI/ Sébastien Németh

Le conflit dure depuis novembre dans la province du Tigré. Cette région du Nord toujours en proie à la violence entre l’ancien pouvoir du TPLF d’un côté, l’armée fédérale, des soldats érythréens et des miliciens Amharas de l’autre. Le conflit a fait des milliers de morts et entraîné des dégâts considérables. De multiples exactions ont été documentées, essentiellement perpétrées par les armées éthiopiennes et érythréennes dont les soldats inspirent désormais terreur et colère chez les Tigréens.

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Adi Gudem. Les militaires sont partout dans les rues de cette ville du sud du Tigré. L’armée fédérale s’en sert de base depuis novembre. Les Érythréens, eux, s’y arrêtent quelques jours avant de repartir. Les habitants accusent les deux contingents d’avoir commis des crimes. 

« Mon fils rentrait le troupeau quand un militaire l’a appelé et l’a abattu sans raison. Une mère ne devrait pas enterrer son enfant. Depuis ce jour, je sors très peu, confie Hira, 60 ans. Je suis en colère chaque fois que je vois un soldat. Si j’avais été plus jeune, je me serais battue contre eux. Mon autre fils, lui, a rejoint les rebelles après la mort de son frère. Je n’ai pas pu le dissuader. Maintenant, j’ai peur de le perdre aussi. Les militaires devraient être exemplaires. Mais ceux-là sont des démons. »

Les soldats sont également accusés d’avoir dépouillé les habitants. Des boutiques de la ville ont été saccagées et pillées. Kendeya possède un magasin qui a été braqué par des militaires.

« Des soldats sont entrés en cassant une fenêtre. Ils ont volé l’argent de la caisse et des cartes SIM. L’un d’eux a pointé sa kalachnikov sur ma femme et lui a demandé si elle voulait mourir. Il a dit que notre peuple tuait ses amis et que ce vol n’était rien comparé à ce qu’ils pourraient nous faire.

Un autre soldat m’a frappé sans aucune raison. Ils m’ont demandé d’aller frapper aux portes des voisins pour qu’ils puissent entrer. Je leur ai dit que je préférais qu’ils m’abattent plutôt que de les aider à tuer mon peuple. Finalement ils sont partis. On a toujours peur qu’ils reviennent. On ne garde plus d’argent au magasin et on ne rachète plus de marchandises, car ils pourraient tout voler. »

Depuis l’arrivée des soldats, les habitants vivent donc dans la crainte. Crainte d’être pris à partie, tabassés, voire pire, exécutés. Un groupe de jeunes jouent au babyfoot dans une rue commerçante de la ville. Ils regardent constamment autour d’eux pour voir si un soldat arrive.

« On a tous très peur. Quand ils patrouillent la journée, parfois, ils s’arrêtent et tabassent des gens sans raison. Ça nous traumatise. Ils visent particulièrement les jeunes. Le soir, les soldats boivent et font du porte à porte pour dépouiller les gens, rapporte Milin, 24 ans. On a l’impression que c’est une stratégie. Qu’on leur a ordonné de nous terroriser. Quand on voit les Érythréens, la peur est encore plus forte. Même les jeunes filles se réfugient dans les villages pour éviter d’être violées. Tout le monde se cache, car on a tous entendu ce qu’ils ont fait au Tigré. On dirait que les deux forces ont passé un accord pour détruire tout le Tigré. »

Et comme pour illustrer la situation, Milin et ses amis arrêtent soudainement leur partie et s’enfuient en courant alors que deux soldats érythréens équipés d’AK47 traversent la rue dans leur direction.

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