Reportage France

Covid-19: le réseau Obépine sonde les eaux usées

Audio 02:33
Prélèvement d'eaux usées dans les égouts de Paris dans le cadre du réseau Obépine.
Prélèvement d'eaux usées dans les égouts de Paris dans le cadre du réseau Obépine. © RFI/Marine DE LA MOISSONNIERE

En France, depuis le début de l'épidémie de Covid-19, des chercheurs étudient les eaux usées pour déterminer le niveau de circulation du virus. En effet, les malades en rejettent dans leurs selles et le réseau Obépine a été créé à cet effet. C’est un réseau de surveillance qui s'est étoffé depuis son lancement, il y a presque un an en avril 2020. Aujourd'hui, environ 120 stations d'épuration en font partie. La ville de Paris a, elle aussi, adhéré à cette initiative scientifique qui permet de lutter contre l'épidémie.

Publicité

À peine sortie des égouts, où ils sont chargés d'aller récupérer un échantillon d'eaux usées, Julien Lefevre, chef d'équipe et son collègue, passent par la case désinfection. D'habitude, Julien Lefevre fait des prélèvements pour savoir si les restaurants rejettent des graisses ou les stations-services, des hydrocarbures. Depuis mai dernier, sa mission a changé, mais pas son travail.

« Les égouts sont pleins de microbes, de bactéries et de virus donc on y est habitué, explique Julien Lefevre. Là on est très impliqués, on suit les résultats des analyses. À un moment on allait même apporter directement les échantillons aux Eaux de Paris. On se sent utiles. »

C'est en effet Eau de Paris, le laboratoire de la Ville de Paris, qui se charge d'analyser les échantillons selon un protocole mis au point par les chercheurs du réseau Opébine. Ils transforment ensuite ces données en courbes de tendance, un indicateur précieux qui permet généralement d'anticiper la progression de l'épidémie. Car le virus est présent dans les selles quelques jours avant l'apparition des premiers symptômes et même les personnes asymptomatiques en excrètent.

« Cet été on avait trois semaines à un mois d'avance sur les indicateurs en Île-de-France. Le virus circulait chez des gens qui n'étaient pas asymptomatiques à cette période », selon Vincent Maréchal, un des cofondateurs du réseau Obépine. « Là on a quelques jours d'avance sur des indicateurs individus centrés. Tout dépend du contexte épidémiologique. On ne voit pas avec la même acuité un phénomène qui augmente ou un phénomène qui diminue. Tout dépend de l'endroit où circule le virus. S'il circule dans des populations fragiles, il y aura une bonne corrélation. Quand le virus circule dans une population avec peu de symptomatologie, on a un gain important », affirme ce virologue.

L'autre intérêt des données fournies par Obépine, c'est qu'elles sont ciblées. Elles peuvent donc permettre aux élus locaux de réagir face à une accélération de l'épidémie. C'est d'ailleurs pour cela que la mairie de Paris a choisi des points spécifiques de prélèvements.

« Ce sont des secteurs avec une population dense ou des quartiers prioritaires de la politique de la ville », nous explique Miguel Gillon-Ritz, responsable du pôle Qualité de l'eau au Service technique de l'eau et de l'assainissement. « L'idée est de mettre en place des actions sanitaires. On travaille avec nos collègues de la direction de la Santé pour avoir potentiellement des actions de sensibilisation ou de dépistage plus renforcées. »

Avec l'évolution de l'épidémie, les missions d'Obépine ont changé. Aujourd'hui, les chercheurs se concentrent évidemment sur les variants. Une fois la campagne de vaccination bien avancée, ils se pencheront sur la circulation résiduelle du virus et sur une éventuelle résistance aux vaccins.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail