Reportage international

L'Équateur de plus en plus en proie au trafic d'animaux sauvages

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Deux arars rouges en Équateur. (Photo d'illustration)
Deux arars rouges en Équateur. (Photo d'illustration) Getty Images/500px Plus - Kate

Le trafic de faune et de flore sylvestre est considéré comme le quatrième plus lucratif au monde après le trafic de drogue, d’armes et de personnes. La découverte récente de 185 bébés tortues géantes dans une valise à l’aéroport de Baltra, aux Galapagos, a mis en lumière l’intérêt des trafiquants pour l’Équateur.

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De notre correspondant à Quito,

Pandémie ou pas pandémie, les trafiquants de faune n’ont pas levé le pied l’an dernier. Dans la petite forêt près de Quito où est installée l’Unité de protection de l’environnement, son commandant, le lieutenant-colonel Williams Reyes, a les chiffres pour le prouver. « Rien n’a changé pendant la crise sanitaire, dit-il. Au contraire l’augmentation du trafic de faune sylvestre a été considérable. En 2019, nos services ont saisi un peu plus de 4 080 animaux et l’an dernier 4 645. Cela fait 500 animaux de plus récupérés des mains des trafiquants pendant la pandémie. »

L’an dernier, 113 trafiquants ont été arrêtés, mais de nouveaux arrivent constamment. Car si les risques sont limités, les bénéfices ne le sont pas. « Des étrangers viennent en Équateur, ils vont en Amazonie, ils contactent des habitants et les paient un dollar pour des bébés tarentules qui ne mesurent qu’un centimètre. Ils les mettent dans des tubes, c’est très difficile à découvrir et à l’extérieur ces tarentules une fois adultes peuvent valoir de 400 à 500 dollars. »

Même en tenant compte de la mortalité toujours extrêmement élevée parmi les animaux trafiqués, quelques centaines de tarentules peuvent rapporter près de 150 000 euros par voyage. Une tentation à laquelle beaucoup ne résistent pas. « Nous avons noté une augmentation des offres de vente qui ne se cachent même plus sur Facebook et les réseaux sociaux », indique Diego Cisneros qui dirige l’hôpital de faune sylvestre Tueri de l’Université San Francisco de Quito. « Les trafiquants proposent des boas, des singes, des perroquets, des tortues dans des salons en ligne équatoriens et internationaux ».

Le trafic peut être local pour des clients cherchant une mascotte originale mais aussi international. « Il y a des cartels extrêmement puissants qui s’occupent du trafic d’espèces rares et menacées destinées à des collectionneurs privés. J’en connais aux États-Unis et en Europe qui ont chez eux des collections gigantesques d’animaux vivants que même les plus grands zoos n’ont pas », affirme Diego Cisneros.

Les animaux arrivent chez ces collectionneurs après être passés par tellement d’intermédiaires que leur trace se perd. Certains trafiquants prétendent les avoir fait se reproduire légalement en captivité, et le contraire est difficile à prouver. Et en attendant le trafic continue, dans des conditions effroyables pour les animaux.  « On a eu des perroquets scotchés dans des tubes en carton ou bien des déodorants, des animaux entassés à l’intérieur de roues de secours évidemment sans eau ni nourriture, des tortues dans des valises enveloppées dans du plastique pour qu’elles ne bougent pas », rapporte encore Diego Cisneros.

Pour faire face à ce trafic, la police équatorienne compte sur 234 agents spécialisés, un chiffre que beaucoup considèrent insuffisant dans l’un des pays les plus riches en biodiversité de la planète.

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