Reportage international

Amir Khalil, vétérinaire de guerre

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Amir Khalil, vétérinaire et directeur du développement de projets pour Four Paws International, nourrit Kavaan, le seul éléphant d'Asie du Pakistan.
Amir Khalil, vétérinaire et directeur du développement de projets pour Four Paws International, nourrit Kavaan, le seul éléphant d'Asie du Pakistan. AFP - AAMIR QURESHI

Direction l’Autriche, où nous partons à la rencontre d’Amir Khalil. Cet austro-égyptien de 56 ans exerce un métier pas comme les autres : vétérinaire de guerre. Depuis 30 ans, avec l’association « Vier Pfoten », « quatre pattes » en français, il secourt les animaux en danger partout dans le monde.

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Sa vocation est née lors de son enfance égyptienne mais c’est en Autriche, son pays d’adoption, que l’aventure commence pour Amir Khalil, lorsqu’un jour de 1994, il frappe à la porte de l’association « quatre pattes ». Avec elle, il enchaîne les missions d’abord sur le sol européen, où il lui faut parfois ruser, comme en 2001 en Roumanie où il doit secourir des lionceaux détenus par un patron de boîte de nuit peu scrupuleux.

« Je me suis déguisé en cheikh arabe et, avec une collègue qui jouait ma petite amie, nous avons fait semblant de vouloir acheter les lions. Au moment d’échanger l’argent contre les lions, la police est arrivée pour les arrestations ! Il reste tant de défis en Europe : le transport d’animaux vivants, la production industrielle de viande mais aussi les minis-zoos présents dans de nombreux pays où des animaux sauvages sont détenus dans des conditions pires qu’au Moyen-Orient ou en Asie. »

Missions périlleuses

Très vite, Amir Khalil se rend sur des zones de guerre, des missions périlleuses, longuement préparées et filmées par ses équipes. Amir Khalil a secouru des animaux en Libye, dans la bande de Gaza, en Syrie ou encore à Mossoul en Irak en 2017, alors que la guerre contre le groupe État islamique fait rage. Des scènes de peur, d’horreur mais aussi parfois de partage.

« À chaque mission, notre équipe gagne le respect des locaux. Bien sûr, il y en a qui nous demandent "s’il vous plaît prenez-nous avec vous", c’est très difficile. Vous pouvez voir des enfants qui ont tout perdu, leurs parents, leur maison mais lorsqu’ils se tiennent à côté d’un lion ou d’un ours, ils sourient, un petit moment de bonheur. Vous voyez aussi des gens qui changent d’avis. Certains nous disent au départ : "vous êtes stupides ! Vous vous souciez des animaux alors que mes amis, mes frères ont été tués par l’État islamique". Mais ensuite, ils nous voient avec les animaux et reviennent le lendemain avec une pomme en nous demandant : "peut-on les nourrir ?" Ils se mettent alors à nous apprécier. »

« Les animaux, les hommes et la nature »

Impossible pour lui de rester insensible au sort de ces hommes, qu’il aide lorsqu’il le peut car Amir Khalil refuse de séparer humains et animaux, ils partagent à ses yeux un même destin.

« Si on sépare ces deux sujets, nous ne sauverons pas la planète. Les animaux et les hommes se la partagent depuis des milliers d’années. Mais nous avons pris leur espace. Il faut comprendre que si les animaux n’évoluent plus dans leur habitat, que nous le prenons pour les hommes, nous échouerons dans la lutte contre le changement climatique, malgré tous nos efforts. Car c’est une équation à trois : les animaux, les hommes et la nature. »

En 30 ans, Amir Khalil et son équipe ont secouru des milliers d’animaux, qui vivent désormais paisibles dans les nombreux sanctuaires créés au fil des ans pour les accueillir partout dans le monde.

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