Revue de presse Afrique

À la Une: le deuxième putsch d’Assimi Goïta

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Assimi Goïta, le vice-président malien. Photo prise le 22 août 2020 à Bamako.
Assimi Goïta, le vice-président malien. Photo prise le 22 août 2020 à Bamako. © ANNIE RISEMBERG AFP

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Le colonel Assimi Goïta, déjà tombeur d’IBK il y a neuf mois, vient donc de faire tomber le président de la transition Bah N’Daw et son Premier ministre, Moctar Ouane. Bien qu’officiellement vice-président, le colonel était et reste bien l’homme fort du pays.

En effet, s’exclame L’Informateur à Bamako, « de Bah N’Daw, Moctar Ouane et du colonel Assimi Goïta, qui décide ? Tout porte à croire que les deux premiers devaient s’abstenir de marcher sur ses plates-bandes de ce dernier : à savoir la défense et la sécurité. Bah N’Daw et Moctar Ouane, qui sont passés outre, l’ont appris à leurs dépens. »

Bras-de-fer à l’avantage des colonels

En effet, dévoile Jeune Afrique, tout s’est joué dimanche dernier, « lorsque Assimi Goïta, accompagné de quelques proches, s’invite au palais de Koulouba. Furieux d’avoir été écarté de la formation du nouveau gouvernement, qui était alors en cours, Goïta entend protester contre la mise à l’écart dans la future équipe de deux membres influents de l’ex-CNSP, les colonels Modibo Koné et Sadio Camara. (…) Mais le bras-de-fer tourne à l’affrontement. Le président Bah N’Daw décide de faire fi des menaces et refuse de se plier aux demandes d’Assimi Goïta. Le lendemain, le deuxième gouvernement de la transition est dévoilé, au sein duquel les colonels Modibo Koné et Sadio Camara sont bel et bien remplacés par des généraux. Chez Assimi Goïta, la stupeur est totale, relate encore JA. Le colonel ne peut perdre la face : il décide d’agir. Quelques minutes plus tard, Moctar Ouane voit alors débarquer à son domicile des militaires de la garde nationale, un corps dirigé par Sadio Camara et Modibo Koné. »

Un différend lié à la Russie ?

Toutefois, l’ex-junte aurait eu d’autres raisons de fomenter ce nouveau putsch. On revient à L’Informateur à Bamako qui précise qu’un différend opposait le gouvernement de transition et les militaires putschistes à propos de la Russie. Ces derniers avaient l’intention de commander des armes à Moscou. Mais le président de la transition et son premier ministre étaient contre et auraient transmis des documents à ce sujet à Paris. Une trahison pour l’ex-junte.

Ledjely en Guinée complète la piste : « depuis le coup d’État du 18 août 2020, on a pointé une proximité plutôt suspecte entre la Russie et les principaux meneurs du putsch », affirme le site guinéen. « Il semble en effet que les deux colonels renvoyés des ministères de la Sécurité et de la Défense étaient pro-russes. » Ainsi, leur mise à l’écart aurait été perçue par les putschistes comme téléguidée par Paris. Et Ledjely de s’interroger : « le Mali sera-t-il après la Centrafrique, le nouveau terrain d’expression de la rivalité entre la Russie et la France sur le sol africain ? »

Le Mali, porte d’entrée des « Popov » au Sahel ?

Aujourd’hui au Burkina évoque également la piste russe. « Les 2 officiers renvoyés du gouvernement, Modibo Koné et Sadio Camara, sont des pro-Russes, formés au bord de la mer Noire, alors que les généraux Mamdou Lamine Ballo et Souleymane Doucouré qui ont pris leurs places sont francophiles. »

Et le quotidien ouagalais de s’interroger : « est-ce à dire que Russes et Français se battent au Mali via les officiers de l’armée malienne ? On sait que les "Popov" ont pris pied en Afrique du Sud, en Égypte, en République centrafricaine, mais pas trop au Sahel. Alors, le Mali serait-il la porte d’entrée des Russes dans la région ? »

À quand l’enfantement du Mali nouveau ?

Quoi qu’il en soit, neuf mois après le coup d’État d’août dernier, « l’accouchement du Mali nouveau est bien difficile », soupire le site Maliweb. « L’enfantement du Mali nouveau est un pari dont le chemin est semé d’embûches. » Et « les défis à relever par les nouveaux hommes forts sont nombreux. D’une part, ils vont devoir coopérer avec la communauté internationale, la CEDEAO, la classe politique ainsi que les leaders du M5-RFP. D’autre part aussi, avec les différents mouvements syndicaux, notamment l’Union nationale des travailleurs du Mali. »

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