Revue de presse française

À la Une: Pegasus, après les révélations, l’indignation…

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Siège de la start-up israélienne NSO, dont le logiciel Pegasus est accusé d'avoir espionné 50 000 téléphones dont certains appartenant à des journalistes ou des militants.
Siège de la start-up israélienne NSO, dont le logiciel Pegasus est accusé d'avoir espionné 50 000 téléphones dont certains appartenant à des journalistes ou des militants. © JACK GUEZ/AFP

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« Quand la dérive devient la norme ». C’est le titre de l’édito du Monde aujourd'hui, le journal qui fait partie du consortium des 17 médias ayant révélé le scandale du logiciel espion Pegasus. « Et depuis des années, déplore-t-il, des réponses invariablement lénifiantes sont opposées aux nombreuses inquiétudes sur les dérives potentiellement liberticides de l’industrie de la surveillance numérique ».

Oui, « depuis des années, poursuit Le Monde, les doutes sont balayés au nom de l’intérêt supérieur des sécurités nationales et de la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé ». Or « cette négation de l’évidence sera désormais beaucoup plus compliquée », estime le quotidien. Pour lui, les révélations sur Pegasus « prouvent de manière incontestable qu’en matière de cybersurveillance, l’abus est la règle et non l’exception ».

Un secret de polichinelle en haut lieu…

D'autant que c’était, semble-t-il, un secret de polichinelle en haut lieu.

« Qui dans les chancelleries européennes peut prétendre qu’il ne savait pas », interrogation de L’Humanité. Le quotidien souligne que cette « vaste opération menée par plusieurs États […] est connue depuis quatre années maintenant », « des régimes qui piétinent allègrement les droits humains en ont bénéficié pour écraser » de nombreuses voix. Et « ce silence devient complicité », regrette encore L’Humanité qui pose une autre question : « Pourquoi aucune explication n’a été demandée ni au pays hôte du logiciel, ni aux États qui en font usage contre leur population ? ».

Une délicate question de diplomatie

Mais la question est forcément délicate, il s’agit de diplomatie. Le Figaro pointe justement les « tensions diplomatiques » qui pourraient en découler. Le journal nous explique aussi que « l’entreprise NSO suscite des commentaires embarrassés en Israël ». « Ici, on dit de ceux qui travaillent pour NSO qu’ils vendent leur âme », témoigne un ancien collaborateur de la société.

En tout cas, ce qui est certain pour Libération, c’est que « Benjamin Netanyahou a fait de l’espionnage israélien une arme politique, brouillant ainsi la frontière entre renseignement militaire et privé ». Libé pointe la proximité entre le groupe NSO et l’unité 8200 des renseignements israéliens, « l’un des services de renseignements les plus avancés et les plus secrets au monde ». « Sur 700 salariés, NSO emploie plus de 200 informaticiens issus de l’Unité 8200 », lit-on.

« Et ce qui les a convaincus d’accepter l’offre de NSO, malgré leur contrat avec 8200, c’est l’assurance de leurs supérieurs que NSO bénéficie d’une carte blanche totale pour ses activités », affirme Libé. « Il ne pouvait de toute façon en être autrement : même après leur démobilisation, ces hackers restent militaires de réserve dans leur ancienne unité pour au moins dix ans, explique le journal, et enfreindre une clause de leur contrat avec Tsahal pourrait donc mener à leur arrestation et jugement devant un tribunal militaire ».

Mais rien de tout cela n’est arrivé, analyse encore Libé, et pour cause : « le Premier ministre israélien durant toute cette période, Benyamin Netanyahou, a trouvé en NSO Group un allié de premier choix [...] pour bâtir sa coalition anti-iranienne. »

« Et si on écoutait Britney Spears »

Beaucoup de bruit et de commentaires donc autour de Pegasus… Et si on prenait un peu de recul ? Et si on écoutait plutôt Britney Spears ? On s'est beaucoup trop moqué de cette pauvre Britney Spears. Aujourd'hui, il ne s'agit pas d'écouter « Gimme More », « Ooops !... I dit it again », ou « Baby One More Time », les tubes de la chanteuse, mais il s'agit d'écouter la parole de Britney Spears. Invitation lancée par Libération encore... qui publie un dossier complet.

« Privée d’autonomie depuis treize ans, la star américaine espère reprendre le contrôle de sa carrière et de ses biens, en partie gérés par son père. Après des années de silence, elle multiplie les prises de paroles explicites, racontant son calvaire », explique Libé. « C’est une lumière au bout de la tutelle », écrit le journal…

Une affaire qui pourrait « changer la face du star system »

« Elle s'inscrit dans un mouvement plus large ». Il y a aujourd'hui le #FreeBritney sur les réseaux, « mais il pourrait tout aussi bien être #MeToo ». Oui, « cette affaire signe la fin des chanteuses objets », pour Libération, elle met à mal sérieusement le patriarcat qui a dominé le monde de la musique. « Cette machine à tubes qui a aussi eu tendance à accentuer les schémas de domination en coulisses ». Machine à laquelle « aucune de ses descendantes de Taylor Swift à Billie Ellish ou Dua Lipa n’appartient déjà plus ». C’est tant mieux !

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