Reportage France

Portrait: Bruno Canard, «démonteur» de virus

Audio 02:30
Bruno Canard dans son laboratoire.
Bruno Canard dans son laboratoire. RFI/Agnès Rougier

Depuis 18 ans, dont huit au CNRS Aix-Marseille, Bruno Canard, directeur du laboratoire « Architecture et fonctions des macromolécules biologiques (AFMB) », démonte les virus pour comprendre comment les arrêter. Avec la pandémie du coronavirus, ses travaux sur la reproduction des virus à ARN ont mis le chercheur à l’épicentre de la crise.

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La recherche, comme une randonnée dans les collines

Bruno Canard aime la recherche parce qu’elle l’emmène à des endroits insoupçonnés, « comme une randonnée où l’on découvre un nouveau paysage derrière chaque colline », mais aussi pour la liberté de penser, pour son utilité collective et au final, la satisfaction de comprendre.

Depuis les années 1990, ce spécialiste des enzymes s’intéresse aux petites machines moléculaires qui permettent aux virus de se reproduire : c’est comme démonter une voiture pour comprendre le fonctionnement du moteur.

Il travaille sur les virus à ARN - acide ribonucléique -, comme le coronavirus Covid-19, le virus de la dengue, le SARS, ou le VIH avec lequel il a commencé. « On essaie de comprendre quels sont les composants biochimiques et génétiques qui permettent à ces virus de se propager en déterminant la structure de leur petite machine moléculaire », explique-t-il.

Au labo, on les coupe en morceaux

Bruno Canard est un chercheur de laboratoire mais il ne manipule pas de dangereux virus. Le laboratoire reçoit des virus inactivés et l’équipe travaille sur des morceaux de virus, comme les enzymes (protéines).

D’un côté, les chercheurs prennent des photos de ces minuscules éléments par des techniques sophistiquées - cryo-électro-microscopie et cristallographie à rayons X - de l’autre, ils font des expériences de biochimie, des réactions, pour vérifier si c’est conforme aux prévisions.

L’objectif est de fabriquer des médicaments. « Quand on sait comment le virus se multiplie, on peut trouver des molécules qui vont se glisser dedans et l’arrêter, poursuit Bruno Canard. C’est ce qui s’est passé pour le VIH, on peut contrôler le virus. Et pour l’hépatite C, ce type de molécule est une vraie révolution, on peut en guérir en quelques mois ». C’est actuellement le type de recherches menées sur le coronavirus Covid-19 au laboratoire du CNRS d’Aix-Marseille.

Se préparer au virus inconnu

Le nouveau coronavirus était inconnu mais Bruno Canard s’était préparé à une apparition de ce type : « on disait, avec des collègues belges et néerlandais, qu’il allait arriver des pandémies avec des virus émergents ». Ensemble, il y a cinq ans, ils avaient envoyé deux courriers à la Commission européenne pour prévenir de ne pas baisser la garde.

La question est de savoir se préparer à un virus inconnu : « il faut prendre de l’avance pour pouvoir transférer ce qu’on sait sur des virus connus à des virus inconnus ». Ce qui a été fait en 2003 sur le SARS-cov n°1, responsable du Syndrome respiratoire aigu sévère, a été utile et transposable au coronavirus actuel, le SARS cov-2, de la même famille : « il faut s’adapter mais on ne part pas de rien ».

Du changement dans les relations

Depuis dix ans néanmoins, Bruno Canard et ses collègues constatent que la recherche scientifique est devenue la variable d’ajustement des budget de l’État, qu’on lui demande de fonctionner comme une entreprise, ce qui ne marche pas. C’est la raison pour laquelle le chercheur a publié une tribune en mars 2020 : « Dès 2006, l’intérêt des politiques pour le SARS-CoV avait disparu. On ignorait s’il allait revenir. » Avec l’intérêt, les budgets sont partis et la voix des chercheurs en science fondamentale est restée inaudible.

Mais depuis le début de la crise sanitaire, les relations semblent avoir changé : « on se rend compte maintenant que ceux qui parlent à l’oreille des politiques, ce sont les chercheurs. Ils sont remontés sur un petit escabeau pour souffler des infos dont tout le monde a besoin ! ». Encore faudra-t-il pérenniser cette nouvelle relation.

Tambours et trompettes

S’il n’était pas chercheur, il serait guide de montagne ou musicien… Et il l’est un peu : Bruno Canard a créé le Big band du CNRS en 2015, où il est trompettiste sous le pseudonyme de Patino Brown. Beaucoup de chercheurs sont aussi musiciens… créativité partagée.

► Tribune de Bruno Canard, publiée en mars 2020 :

► Laboratoire Architecture et fonctions des macromolécules biologiques (AFMB) du CNRS Aix-Marseille

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