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Européen de la semaine

Portrait du président biélorusse Alexandre Loukachenko

Audio 03:33
Les présidents biélorusse (G) Alexandre Loukachenko et russe Vladimir Poutine, le 14 septembre 2020 à Sotchi, en Russie.
Les présidents biélorusse (G) Alexandre Loukachenko et russe Vladimir Poutine, le 14 septembre 2020 à Sotchi, en Russie. Reuters/Bureau présidentiel russe

Le président biélorusse fait face à un sixième dimanche de mobilisation de la population qui conteste le résultat de l’élection du 9 août. La détermination de l’opposition ne semble pas atteinte, en dépit des répressions et des arrestations qui se sont multipliées. En difficulté dans son pays, Alexandre Loukachenko se tourne une nouvelle fois vers la Russie. Alors qu’il accusait encore il y a peu Moscou de chercher à vassaliser son pays, il s’est rendu auprès de Vladimir Poutine à Sotchi en début de semaine, qui lui a promis un prêt de 1,5 milliard de dollars. Retour sur la personnalité de celui qui est surnommé le dernier dictateur d’Europe qui fait face à une crise sans précédent

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Alexandre Loukachenko les mains jointes, le corps tout entier tendu vers un Vladimir Poutine, assis nonchalamment au fond de son fauteuil, les jambes largement écartées : le langage corporel de la rencontre entre les président russe et biélorusse a largement été commenté.

Valeri Karabalevitch, auteur de la seule biographie d’Alexandre Loukachenko disponible en français « Le satrape de Biélorussie » : « Ses gestes, le fait qu’il notait les mots de Poutine sur un carnet : tout cela était comique. C’était une démonstration de soumission très maladroite. Et c’est sans doute pour cela qu’il a dans la foulée organisé une réunion à Minsk pour tenter de gommer cet effet négatif qu’il a pu produire auprès des hauts fonctionnaires en jouant les soumis. »

Rentré à Minsk, Alexandre Loukachenko multiplie les initiatives : rencontre avec les fonctionnaires, apparition à un concert géant organisé exclusivement pour des femmes, comme en écho aux manifestations féminines hebdomadaires de l’opposition.

« Les pays voisins refusent de reconnaitre le résultat de notre élection et en suivant un scénario à la vénézuélienne, ils se sont trouvé une " Guaido " biélorusse et l’ont déclarée présidente. »

Après avoir fait fuir sa concurrente Svetlana Tikhanovskaya en Lituanie, après avoir contraint plusieurs membres du conseil de coordination de l’opposition à l’exil et placé les plus récalcitrants à l’isolement, après avoir ordonné la répression violente des manifestations, Alexandre Loukachenko tente une phase plus politique, analyse Alexandre Fedouta, qui a été son premier responsable de la communication lorsqu’il a accédé à la présidence en 1994.

« Après avoir subi une phase de choc, il commence à agir différemment. Visiblement, il a obtenu des directives de la part du Kremlin qu’il fallait renoncer à un usage trop violent de la force et c’est pourquoi il s’essaye dans un registre plus politique. Est-ce que ça pourrait convaincre la population ? Je n’en sais rien mais en tout cas, il ne pourra pas convaincre la majorité parce que la majorité des gens ne lui fait pas confiance, elle est fatiguée de lui »

Une fatigue qui se traduit tous les dimanches par ces manifestations qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes à travers le pays et ce mot d’ordre : va-t-en. Surnommé Sacha 3%, son taux de popularité supposé, selon ses détracteurs, l’ancien directeur de sovkhoze, devenu président autocrate, dénonce un complot des pays baltes ou de la Pologne pour le renverser et raconte que les Américains surveillent ses moindres faits et gestes grâce à leurs satellites et donnant directement des ordres aux manifestants via un centre de contrôle à Varsovie. Mais au-delà de ces déclarations fantaisistes il est surtout prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, selon son biographe.

« Il s’est retrouvé en état de stress psychologique parce qu’il ne s’attendait vraiment pas à cela. Il continuait à croire qu’il était soutenu par la population et cela l’a poussé à faire des erreurs, comme, par exemple, s’attribuer 80% des voix à la présidentielle. S’il s’était attribué 51% et 45% pour Svetlana Tikhanovskaya, une part importante de la population aurait pu y croire, mais là, une majorité a pris ça comme une insulte. Je pense que rien ne peut le contraindre à faire des concessions, parce que le pouvoir, c’est sa raison d’être. »

La cérémonie d’investiture du président biélorusse doit avoir lieu avant le 5 novembre. L’opposition est déterminée à l’en empêcher. Alexandre Loukachenko pourrait être tenté de recourir une nouvelle fois à la force pour la tenir coute que coute.

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