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La chauve-souris, l’héroïne du coronavirus

Audio 02:42
La chauve-souris fer à cheval rhinolophe.
La chauve-souris fer à cheval rhinolophe. Getty Images/Marko Konig

C’est par elle que tout a commencé : la chauve-souris, qui a hébergé le nouveau coronavirus, avant de le transmettre aux êtres humains, directement ou indirectement. Véritable réservoir à virus, la chauve-souris est pourtant, aussi, un allié de l’homme. 

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(Rediffusion du 20/05/2020)

La nuit est en train de tomber sur le bois de Vincennes, à Paris. Et on entend de petits clics. Il s’agit d’ultrasons, que l’oreille humaine serait bien incapable de déceler, émis par des chauves-souris, et amplifiés par le boîtier qu’a branché à son smartphone Jean-François Julien, chiroptérologue de métier, spécialiste des chauves-souris, au CNRS et au Museum d’histoire naturelle de Paris. Les ultrasons de la chauve-souris apparaissent aussi sur son écran, sous forme de spectres. Après avoir « observé » une première pipistrelle (l’espèce de chauve-souris la plus répandue en France), Jean-François Julien s’exclame : « Ah ! Une autre espèce est arrivée, le murin de Daubenton, qui chasse au ras de l’eau. »

La chauve-souris, seul mammifère capable de voler, se retrouve tous les soirs autour d’un plan d’eau, pour s’y abreuver et pour y traquer les insectes. « La nuit, elles ont nettement moins de concurrence avec les oiseaux, explique Jean-François Julien. L’obscurité les met aussi à l’abri des prédateurs. » C'est pour se repérer dans l'espace, et pour repérer son repas, que la chauve-souris utilise les ultrasons, qu'elle émet et qu'elle reçoit en écho dans ses grandes oreilles. C'est la technique de l’écholocation. « Elle crie dix fois par seconde, mais au moment où elle va approcher d’un insecte, elle accélère le rythme des cris qui peut monter jusqu’à 200 cris par seconde, pour avoir un maximum d’informations au moment de la capture. »

La mauvaise réputation

Une ombre fugace vient de passer. Le vent fait bruisser les branches des arbres. La nuit vient de tomber, les chauves-souris sont de sortie. Le décor d’un film d’horreur est planté… Un véritable genre en soit, le film avec chauves-souris sanguinaires. C’est que la chauve-souris, en Occident, a mauvaise réputation. « D’apparence, elles ne sont pas très sympathiques, reconnaît Jean-François Jullien. Elles ont aussi souffert de l’amalgame entre le mythe des vampires, en Europe, et la découverte, en Amérique tropicale, d’espèces justement surnommées vampires, qui se nourrissent de sang (mais très exceptionnellement de sang humain). Ça n’a pas contribué à améliorer leur réputation ! » Alors qu’en Asie, la chauve-souris porte bonheur. Habituellement. « En Chine, relève Jean-François Julien, elle est même censée soigner l’asthme, ce qui est un peu paradoxal quand on pense qu’elle nous a refilé indirectement ou directement un virus respiratoire ! »

Un chiroptérologue identifie les chauves-souris grâce aux ultrasons qu'elles émettent pour se repérer dans la nuit.
Un chiroptérologue identifie les chauves-souris grâce aux ultrasons qu'elles émettent pour se repérer dans la nuit. RFI/Florent Guignard

Le sida, Ebola, la première épidémie de Sras, et aujourd’hui le SARS-Cov2… La chauve-souris a un palmarès impressionnant. L’un des principaux réservoirs de virus et de zoonoses, les maladies transmises à homme par l’animal. En raison d’un système immunitaire mystérieux et d’une impressionnante diversité : la grande famille des chauves-souris compte 1 400 espèces, et on vient encore d’en découvrir quatre autres en Afrique de l’Est. Deuxième ordre animal après les rongeurs, la chauve-souris représente un quart de toutes les espèces de mammifères répertoriées sur la planète. « Plus il y a d’espèces, plus il y a de risque de transporter un virus capable de passer chez l’homme, explique le chiroptérologue. Dans les colonies, qui peuvent compter plusieurs milliers d’individus, les chauves-souris forment de véritables essaims, elles sont à touche-touche, ce qui permet au virus de passer d’une espèce à l’autre, de se diversifier davantage. »

Un animal utile aux humains

C’est d’ailleurs la même espèce de chauve-souris, la chauve-souris fer à cheval, qui est à l’origine de l’épidémie de Sras en 2003 et du nouveau coronavirus aujourd’hui, présente dans la la province chinoise du Yunnan. « Une région qui n’a pas subi de grands bouleversements », estime Jean-François Julien, qui juge « abusif le raccourci qui est fait aujourd’hui entre perturbation écologique et pandémie. » Pour lui, le développement des transports est davantage responsable de la pandémie que la pression démographique sur les écosystèmes.

► À écouter aussi : Les chauves-souris, essentielles pour l'environnement

Potentiellement dangereuse, au physique pas facile, la chauve-souris est pourtant bien utile à l’homme, d’abord en chassant les insectes nuisibles. « Aux États-Unis, on a même calculé ce qu’elle pouvait rapporter ou économiser à l’agriculture : entre 4 et 50 milliards de dollars par an. » La chauve-souris a aussi un rôle capital dans la régénération des forêts tropicales, grâce aux graines qu’elles dispersent. Leurs crottes font aussi un excellent engrais, le guano. C’est difficile à croire au temps du coronavirus, mais la chauve-souris est aussi l’amie de l’homme.

La question de la semaine

« Peut-on embrasser un arbre sans son consentement ? »

Oui, pour l’arbre on peut, même si on ne sait pas trop ce qu’il en pense... On appelle ça la sylvothérapie, la thérapie par les arbres, qui est née au Japon. Enlacer un arbre, lui faire un gros câlin, ça apaise, c’est bon pour la santé. Des études scientifiques l’ont montré. Un malade avec vue sur la nature a plus de chances de guérir plus vite. D’une manière générale, le contact avec la nature, la verdure, ça fait du bien ! Parce que c’est de là qu’on vient. Les citadins confinés s’en sont rendu compte. Et aujourd’hui des médecins réclament, au nom de la santé mentale, la réouverture des parcs à Paris. Parce que la vie en ville, dans l’histoire de l’Humanité, c’est très récent. L’homme descend du singe, et le singe descend de l’arbre... On espère donc que cette chronique vous fera du bien chaque semaine !

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