C'est dans ta nature

Mondialisation des nuisibles: une Pyrale infernale

Audio 02:35
La chenille de la Pyrale du buis se nourrit exclusivement de feuilles de buis.
La chenille de la Pyrale du buis se nourrit exclusivement de feuilles de buis. © RFI/Florent Guignard

La Pyrale du buis, un papillon originaire d’Asie, a colonisé l’Europe en quelques années et provoque des ravages sur les buis. La chenille de la Pyrale dévore ses feuilles, jusqu’à tuer la plante. Une espèce nuisible sans véritable prédateur.

Publicité

Elle est devenue un sujet de conversation récurrent des jardiniers chaque printemps : la pyrale du buis sera-t-elle là cette année ? Chacun a en tête le souvenir de l’été 2019, où les soirées étaient devenues cauchemardesques, envahies par des nuées de ce papillon aux ailes blanches bordées de brun. Impossible alors de rester dehors tant il y en avait !

Mais plus encore que le papillon, c’est la chenille de la Pyrale qui inquiète les amoureux du buis, cet arbuste aux petites feuilles ovales et persistantes, à croissance lente, qui couvre sous-bois et garrigues. Buxus sempervirens, toxique, ne connaissait pas d’ennemis en Europe jusqu’à l’arrivée de la pyrale, dont les chenilles se nourrissent exclusivement de feuilles de buis.

Énième exemple d’une mondialisation du vivant nuisible à la biodiversité (et à l’économie mondiale : les espèces exotiques envahissantes ont coûté en 50 ans 1 300 milliards de dollars, selon une étude récemment publiée par Nature), la Pyrale du buis a débarqué en Allemagne en 2007, passagère clandestine de plants importés de Chine.

La France colonisée en 15 ans

Le papillon a vite passé la frontière, repéré dès 2008 dans l’est de la France, avant de coloniser tout le territoire en quelques années, jusqu’à défigurer les plus beaux jardins à la française. Au château de Vaux-le-Vicomte, au sud de Paris, on avait dû arracher tous les buis centenaires. Et dans de nombreuses forêts du pays, c’est une partie du patrimoine végétal qui a succombé.

La Pyrale du buis ne vit qu'une quinzaine de jours au stade de papillon.
La Pyrale du buis ne vit qu'une quinzaine de jours au stade de papillon. © RFI/Florent Guignard

« Une fois, j’en ai vu une, là. Elle était belle ! » Penchée au-dessus de la haie de buis de son beau jardin fleuri, dans un petit village du sud de la France, Suzette mène l’inspection et semble rassurée. « Je n’ai pas vu de papillon encore. Donc, pas de papillon, ça veut dire pas d’œuf. Et pas d’œuf, pas de chenille. Maintenant, on n’est qu’au mois de mai… » Elle a traité ses buis au début du printemps - « c’est bio, enfin, à ce qu’il paraît… »

 

Plusieurs centaines d’œufs par femelle

À la recherche de la chenille abhorrée, Suzette écarte des mains les branches du buis. « On ne voit pas les feuilles qui sont mangées… » Quand soudain… « Ah si ! » Une jolie chenille fait son apparition, sans doute la bouche pleine… « Mais je pense qu’elle ne survivra pas. Elle ne bouge plus. Je vais lui faire sa fête ! » Une fête en forme de funérailles : Suzette écrase la chenille sous son pied. « Voilà, elle m’embêtera plus ! »

La Pyrale du buis est redoutable, en pondant sur la face inférieure des feuilles plusieurs centaines d’œufs. Pour les larves, puis les chenilles, c’est resto à domicile. Avec trois ou quatre générations du printemps jusqu’à l’automne, la pyrale ne laisse aucun répit au buis.

Des buis « morts de chez morts »

« Sans ses feuilles, le buis ne respire plus, ne peut plus se nourrir (grâce à la photosynthèse), rappelle Suzette qui nous conduit au fond de son jardin pour contempler les dégâts provoqués par la pyrale pendant ce fameux été 2019. On n’avait pas traité cette partie, et on a dû les couper parce qu’ils étaient morts. Des fois, il y en a qui repartent, mais pas toujours. Là, ils ne sont pas repartis… Là non plus... Ça, c’est mort de chez mort… »

Dans les bois et la garrigue au-dessus du jardin de Suzette, il est impossible de traiter les buis sauvages, et ça se voit : de nombreux cadavres de buis morts forment des taches grises sur ce maquis vert et odorant composé de thym, de cistes, de chênes ou de pins.

Des buis morts après le passage des Pyrales.
Des buis morts après le passage des Pyrales. © RFI/Florent Guignard

Des prédateurs dépassés

En Chine ou en Corée, la Pyrale a un prédateur, le frelon asiatique (autre espèce invasive arrivée en Europe, elle aussi). Mais ici, même s’il existe la Pyrale de la vigne ou la Pyrale du maïs, aucune espèce animale n’avait rencontré de pyrale du buis.

Et les prédateurs susceptibles de s’y attaquer ont été dépassés par cette Pyrale infernale, à la reproduction exponentielle : une micro-guêpe qui vient pondre dans les œufs de Pyrale, la mésange qui peut se nourrir des chenilles, et la chauve-souris qui se régale de ce papillon nocturne qu’on voit désormais, tous les étés, danser sous les lampadaires.

Qu’est-ce qu’un éphémère ?

C’est le nom d’un insecte, qui ne vit que quelques heures à l’état de papillon. Des millions de papillons prennent ainsi leur envol, souvent le même jour de l’été, ou plutôt le même soir. La vie est trop courte, alors ils vont à l’essentiel : se reproduire, en plein vol. Pas besoin de manger, les éphémères n’ont pas d’appareil digestif. Et juste avant d’aller mourir en masse, les femelles lâchent leurs œufs au-dessus des rivières. Ils passeront au moins 3 ans au fond de l’eau. Avant de remonter à la surface pour le jour le plus court. Bref, le cycle de la vie.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail