Chronique des médias

Amazon, c’est elle la meilleure !

Le groupe Amazon va porter ses effectifs totaux à 55 000 personnes au Royaume-Uni d'ici la fin de l'année.
Le groupe Amazon va porter ses effectifs totaux à 55 000 personnes au Royaume-Uni d'ici la fin de l'année. REUTERS - PASCAL ROSSIGNOL

Nous parlons de la montée en puissance d’Amazon dans les médias avec le rachat de la MGM, le mythique studio de cinéma américain.

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On peut se demander pourquoi ce n’est pas Amazon mais son fondateur Jeff Bezos qui a racheté le Washington Post en 2013. Sans doute parce que ce quotidien est surtout un outil d’influence auprès de l’administration américaine alors qu’Amazon est davantage dans une logique d’intégration à un univers de services. Le rachat de MGM ne fait pas exception : il s’agit de renforcer un abonnement à un service, Amazon Prime, qui offre de livrer en moins de 24 heures et recense 200 millions de membres dans le monde. La vidéo, avec ses 175 millions d’utilisateurs, entretient l’attractivité de ce service où l’on dépense en tant qu’abonné deux fois plus sur Amazon.

Bien sûr, le lion rugissant de la MGM est un mythe, avec ses chefs-d’œuvre : West Side Story, Ben Hur, Rocky... C’est aussi le dernier studio indépendant alors que la Paramount est tombée entre les bras de ViacomCBS, la Fox entre celles de Disney et que la Warner, propriété d’AT&T, s’apprête à fusionner avec Discovery. La MGM depuis des décennies a d’ailleurs pas mal changé de mains, passant de Ted Turner à Sony puis à un fonds, suivant les époques et les déboires financiers. « La Metro Goldween Mayer, c’est plus la meilleure », disaient déjà Michel Berger et France Gall en 1976.

Amazon arrive donc en mettant 8,5 milliards de dollars pour racheter ce qui reste l’un des plus gros catalogues, avec la franchise des James Bond notamment. En tout, 17 000 contenus télé et 4 000 films. Pour la première fois, une plateforme de streaming prend le contrôle d’un studio alors que jusqu’à présent Disney ou Warner créaient leur plateforme : Hulu, Disney+, HBO Max.

La question est maintenant de savoir si Amazon cèdera les nouveautés de la MGM à ses rivaux, Netflix ou Disney+, et si la logique de la plateforme, et donc de l’algorithme, ne va pas l’emporter sur tout le reste. C’est-à-dire qu’on ne va plus produire des films pour le cinéma mais, d’abord, pour la plateforme. Aux États-Unis, c’est déjà le cas chez Disney et Warner.

Amazon a aussi les droits de Roland Garros avec France Télévisions. Mais dans le sport, elle a surtout renouvelé en mars son contrat avec la NFL, la ligue de football américain. Pour plus de 14 milliards de dollars, selon des estimations, elle disposera d’exclusivités en ligne pour dix ans, c’est-à-dire qu’elle sera incontournable pour suivre un match. Alors qu’un procureur de Washington la poursuit pour abus de position dominante, la plateforme va devoir démontrer qu’elle ne profite pas de son hégémonie auprès de ses abonnés pour dicter les prix et les usages. C’est là que la propriété du Washington Post sera bien utile.

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