Chronique des matières premières

Métal catalyseur de l’hydrogène vert, l’iridium voit ses prix tripler

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Les centrales éoliennes dans le Xinjiang, en Chine. (photo d'illustration)
Les centrales éoliennes dans le Xinjiang, en Chine. (photo d'illustration) Wikipédia: / Chris Lim

Petit métal de la famille des platinoïdes, l’iridium a vu ses prix tripler depuis la fin de l’année dernière. Car il est de plus en plus demandé dans la production d’hydrogène vert et l’offre se resserre. 

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La transition énergétique fait bondir les prix de l’iridium. L’once de ce métal est passée de 1680 dollars fin décembre à 4400 dollars aujourd’hui, une hausse de 160% en quelques semaines. L’iridium vaut aujourd’hui deux fois plus cher que le palladium et trois fois et demi plus cher que le platine, des métaux dont il était jusqu’au début des années 2000 un co-produit très secondaire. Traditionnellement utilisé dans la marine, pour chlorer l’eau des ballasts et empêcher le transport involontaire d’espèces invasives, il a vu sa consommation dopée, dans la cristallerie, par la généralisation des téléphones mobiles et des lampes LED.

Noir d’iridium pour les électrolyseurs européens

Mais un nouvel usage accroît depuis peu l’intérêt pour ce platinoïde : la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau, pour stocker l’énergie des éoliennes et des panneaux solaires. L’Union européenne a dessiné une trajectoire ambitieuse en la matière : passer de 1 à 6 gigawatts d’hydrogène vert d’ici trois ans et à 40 gigawatts en 2030. Or, la technologie d’électrolyseurs qui domine en Europe utilise pour ses membranes… du noir d’iridium.

Offre minière perturbée en Afrique du Sud

La production de ce platinoïde a été très perturbée l’an dernier à cause du COVID, comme tout le secteur minier en Afrique du Sud, le pays qui fournit plus de 80% de l’offre d’iridium. La transformation de ce métal étant encore plus longue que celle des autres platinoïdes qui sont extraits dans les mêmes gisements, les stocks d’iridium fondent. Si la production minière couvre encore la demande, le marché devrait être déficitaire en 2024, tant les besoins européens sont grands.

Réouverture des puits risquée

Peut-être parviendra-t-on à économiser les quantités d’iridium nécessaires à la production d’hydrogène vert par électrolyse. Le spécialiste des platinoïdes Heraeus dit déjà pouvoir consommer moins d’un demi-gramme de noir d’iridium par kilowatt/heure contre un à deux grammes aujourd’hui. Mais si les prix continuent leur ascension, les champions sud-africains des platinoïdes, Implats et Sibanye-Stillwater, pourraient être encouragés à rouvrir les puits fermés, notamment dans la région de Marikana, il y a un peu moins de dix ans. Avec le risque de voir plonger de nouveau les prix du platine et du palladium, qui dominent la production de ces gisements, l’iridium pesant moins de 4% des tonnages extraits.

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