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Invité Afrique

Présidentielle au Niger: «une élection transparente et bien organisée» selon Antoine Michon (OIF)

Audio 04:58
Antoine Michon, Directeur des Affaires politiques et de la gouvernance démocratique à l’OIF.
Antoine Michon, Directeur des Affaires politiques et de la gouvernance démocratique à l’OIF. © Capture d'écran/twitter.com/CoopSecuDefense

Le Niger est dans l’entre-deux-tours. Le 21 février prochain, le candidat du PNDS, parti au pouvoir, Mohamed Bazoum fera face à l’opposant Mahamane Ousmane, candidat de la coalition Cap 20-21. Dans une déclaration bilan du 1er tour, l’opposition dénonce la façon dont s’est déroulée la première partie du scrutin. Qu’en disent les observateurs ? L’Organisation internationale de la Francophonie avait envoyé au Niger une Mission d’information et de contacts du 21 au 30 décembre 2020. Notre invité est Antoine Michon, Directeur des affaires politiques et de la gouvernance démocratique à l’OIF.

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RFI : Qu’est-ce que vous retenez de la mobilisation à laquelle on a assisté lors du premier tour de l’élection présidentielle au Niger ?

Antoine Michon : La campagne, tous les observateurs nous ont dit qu’elle était un peu morose, comparée aux campagnes précédentes. Je pense qu’il y a un facteur d’explication dans la situation sanitaire, qui a sans doute limité les rassemblements et la participation dans la rue. Mais le jour de l’élection, les citoyens et les citoyennes sont sortis et le taux de participation, qui est quasiment de 70 %, est particulièrement élevé.

Comment est-ce que l’on peut expliquer cette mobilisation, selon vous ?

Je pense que c’est une élection qui a comporté beaucoup d’enjeux pour les citoyens nigériens. C’est un renouvellement complet de la classe politique, puisqu’ils élisaient président, députés, mais aussi leurs conseillers locaux (au début décembre) et ils sont dans un contexte, on le sait, d’insécurité au Sahel, qui je pense rendait les enjeux importants. Ce que l’on a constaté, c’est aussi qu’il y avait eu une forte mobilisation des jeunes et notamment des jeunes femmes, qui s’étaient enrôlé(e)s massivement sur le fichier électoral – il y avait 55 % de femmes dans le fichier électoral – et que l’on a vus participer, très nombreux, et très nombreuses, le jour de l’élection.

Est-ce que cela veut dire que l’insécurité qui sévit dans certaines régions du pays n’a pas pesé sur la mobilisation des électeurs ?

Ce qui était notable et très heureux, c’est qu’effectivement il n’y a pas eu d’incident sécuritaire le jour du scrutin. Quelques jours après, malheureusement, il y a eu un très grave incident. Ce que l’on a remarqué, c’est qu’au niveau de l’enrôlement, il y a eu un moindre enregistrement dans certaines régions, mais ceci correspond malheureusement à des régions où les personnes ont été déplacées.

Il y a effectivement quelques endroits assez limités où le vote n’a pas pu être organisé, mais cela reste limité si l’on compare avec le Burkina Faso, qui a tenu des élections tout récemment et qui vit aussi la même menace terroriste. L’impact sécuritaire a été beaucoup plus important, parce qu’il y a eu des régions entières où le vote ne pouvait pas être organisé en dehors des principales localités.

L’opposition, dans une déclaration, ce mardi, dénonce toute une série d’irrégularités et parle « d’élections les plus frauduleuses de l’histoire de notre démocratie ». Est-ce que cela correspond à ce que vous avez pu constater en tant qu’OIF sur le terrain ?

On est dans un contexte de campagne électorale, donc je ne vais pas commenter une déclaration politique. Mais le constat qui a été fait par notre mission, par les observateurs nationaux avec lesquels nous avons travaillé, par les autres missions d’observation internationale, c’est une élection qui a été bien organisée et qui s’est déroulée de manière transparente. Bien sûr, il y a des constats qui ont été faits de cas d’achats de conscience et dans certains cas de bourrages des urnes. Cela a été relevé par certains. Mais cela reste, je pense, quelque chose de très isolé et je suis certain que, ceux qui estiment qu’il y a eu des situations de fraude, feront des recours devant la Cour constitutionnelle qui doit encore valider les résultats.

Les acteurs nigériens, même s’ils contestent cette élection, restent dans le cadre légal. Pas de violence, pas de débordements comme on a pu en voir en Côte d’Ivoire ou en Guinée… Comment est-ce que vous l’expliquez ?

Je pense qu’il y a un attachement profond des responsables politiques, des acteurs politiques des partis et des Nigériens eux-mêmes, à un règlement des différends par les voies légales et à la recherche d’un consensus politique. Ce qui sans doute a joué, c’est que le processus était inclusif. Il y avait trente candidats.

Mais tout de même, Hama Amadou n’avait pas pu se présenter, le principal opposant…

Pour les raisons que vous connaissez. C’est une décision de justice qui a ensuite été confirmée par la Cour constitutionnelle, c’est un élément qu’il ne m’appartient pas de commenter… Mais trente candidats, cela a permis, je pense, une large participation. Cela explique sans doute aussi cette large mobilisation et aux élections législatives il y avait plus de cent partis.

Mais tout de même, on en parlait à l’instant, est-ce que le fait qu’Hama Amadou - le principal opposant - ne se présente pas, n’est pas un bémol important à la représentativité de cette élection ?

Je pense que le fait qu’il ait, lui, appelé à voter pour un candidat, a été un facteur positif, dans le sens qu’effectivement il a permis à chacun de trouver une représentation dans cette élection.

Est-ce que le changement annoncé à la tête du pouvoir, le fait que Mahamadou Issoufou ne se représente pas pour un troisième mandat, a été selon vous, un élément, aussi, de pacification de ce scrutin ?

Il a suivi la Constitution et cela a sans doute, effectivement, contribué à cette volonté des Nigériens et des Nigériennes de marquer leur attachement à leurs institutions démocratiques. Cela conforte la démocratie nigérienne. C’est certain.

►À écouter aussi : Invité Afrique - Seidik Abba (Journaliste): «Le second tour de la présidentielle au Niger reste ouvert»

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