Les dessous de l'infox, la chronique

Les médias d'État chinois et les faits alternatifs sur le Xinjiang

Audio 03:22
Cette combinaison d'images satellites publiées le lundi 1er février 2021 par Copernicus, le programme d'observation de la Terre de l'Union européenne, montre un centre de détention près de Dabancheng, dans la région du Xinjiang, en Chine. Les images satellites montrent que certains des camps ont été fermés et que d'autres ont été agrandis ou convertis en prisons, selon les analystes.
Cette combinaison d'images satellites publiées le lundi 1er février 2021 par Copernicus, le programme d'observation de la Terre de l'Union européenne, montre un centre de détention près de Dabancheng, dans la région du Xinjiang, en Chine. Les images satellites montrent que certains des camps ont été fermés et que d'autres ont été agrandis ou convertis en prisons, selon les analystes. AP

Comment faire oublier les mauvais traitements contre les Ouïghours au Xinjiang ? Les autorités chinoises pensent avoir trouvé la solution grâce à une propagande qui emprunte à tous les registres, y compris l’enquête fallacieuse d’une journaliste française présentée comme ayant de la famille dans cette région de l’ouest de la Chine. Mais rien ne permet d’attester de l’existence même de cette journaliste. 

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Elle se nomme Laurène Beaumond. Sur le site en français de la télévision chinoise CGTN, on nous dit qu’elle est une journaliste indépendante basée en France, avec un master de journalisme, elle aurait travaillé dans différentes rédactions parisiennes avant de poser ses valises à Pékin où elle a vécu presque 7 ans. Son article, posté le 28 mars sur le site de la chaîne CGTN et tweeté ce mercredi à 23 heures, d’un compte qui s’avère inauthentique, s’intitule : Mon Xinjiang, halte à la tyrannie des fakenews. Il reprend le narratif des autorités chinoises qui réfute l’existence de camps de détention au Xinjiang, et invalide les témoignages de Ouïghours sortis de ces camps, anciens et anciennes détenues ou instructeurs. Pour Laurène, les informations sur la répression de la minorité musulmane n’est qu’un tissu de mensonges. Il régnerait au Xinjiang un « sentiment d’harmonie total » avec des « gens heureux », n’ayant connu ni travail forcé ni rééducation, bref, aucune trace de répression contre la minorité musulmane. L’article publié sur le site de la télévision d’État corrobore les assertions exposées dans une vidéo mise en ligne le 11 mars sur le site de l’ambassade de Chine en France.

Témoignage invérifiable

Reste qu’aucun élément tangible ne permet de savoir qui est réellement derrière l’article publié sur CGTN. Laurène Beaumond n’a jamais rien publié sous ce nom jusque-là, sur un pays où elle aurait passé 7 ans de sa vie. Aucune trace non plus de cette « journaliste diplômée », censée être passée par les rédactions parisiennes, dans les registres de la Commission de la carte professionnelle des journalistes. Pour dénoncer ce qu’elle présente comme des « fake news », la chaîne d’État chinoise n’a rien trouvé de mieux – semble-t-il – que d’inventer ce profil. Face aux accusations de fabrication, la chaîne d’État évoque désormais un témoignage anonyme, donc invérifiable. Si toutefois une telle personne existait, ayant utilisé Laurène Beaumont comme nom de plume, rien ne permet surtout de confirmer le caractère « indépendant » de l’auteur.

Les mêmes éléments de langage sont d’ailleurs relayés par d’autres acteurs étrangers, d’authentiques Français, Australien, Canadien, à la botte de Pékin. On citera Maxime Vivas, lui qui admet lors d’un entretien avec les journalistes de Libération Thaïs Chaigne et Laurence Defranoux, ne pas être spécialiste ni de la Chine ni des Ouïghours, vient de sortir un livre dont la publicité est assurée par les médias officiels chinois, avec un titre très similaire à l’article signé Laurène Beaumont : Ouïghours, pour en finir avec les fakenews. En pleine page dans Jeune Afrique, le Quotidien du Peuple fait l’éloge de ce livre qui explique que tout vient de la CIA, et que tout est faux dans les témoignages de sévices subis par des Ouïghours et relatés par les médias occidentaux.

Violations massives des droits de l’homme au Xinjiang

Au-delà des témoignages d’oppression qui s’accumulent, il y a des photos satellites montrant l’emplacement des camps d’internement. Passé la phase du déni, les autorités chinoises ont fini par expliquer qu’il s’agissait d’établissements pour éduquer les populations et les sortir de la pauvreté. Mais alors, pourquoi ces miradors et ces barbelés et pourquoi cette surveillance policière extrême qui empêche le travail des journalistes, non propagandistes ?  

Alors que montent les accusations de génocide des Ouïghours par le régime chinois, au lieu d’ouvrir l’accès à la presse internationale, les médias officiels sélectionnent ces récits de vrais ou faux étrangers, chaussant des lunettes roses pour regarder le Xinjiang.

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