Reportage international

Covid-19: les Russes boudent leur vaccin

Audio 03:11
Russie: devant le centre de vaccination anti-Covid du Goum à Moscou, le 10 mars 2021.
Russie: devant le centre de vaccination anti-Covid du Goum à Moscou, le 10 mars 2021. © Daniel Vallot / RFI

C’est le grand paradoxe de la campagne anti-Covid en Russie : le pays vante dans le monde entier les mérites de son vaccin, le fameux Spoutnik V, mais les Russes eux-mêmes rechignent à l’utiliser. À ce jour, un peu moins de 7 millions de personnes ont été vaccinées en Russie, ce qui représente à peine 5% de la population. Un résultat très médiocre, plus de quatre mois après le début de la campagne de vaccination.

Publicité

Avec notre correspondant à Moscou, Daniel Vallot

Il est tout sourire, ce jeune étudiant moscovite qui vient de recevoir sa première injection de Spoutnik V. Nous sommes dans le centre de vaccination du Goum, la célèbre galerie commerciale installée sur la Place Rouge juste en face du mausolée de Lénine. « Tout s'est bien passé, aucune douleur, pas de picotement rien du tout, affirme ce jeune homme. Ils m’ont dit de ne pas me doucher pendant 24 heures et puis pas d’alcool pendant trois jours. »

Pour cette première injection tout se passe très vite, et très facilement, ce qui enchante également Darina, une jeune moscovite venue elle aussi se faire vacciner. « L'avantage du Spoutnik V c’est qu’il y a très peu d’effets secondaires, dit-elle. On a été les premiers au monde à développer un vaccin contre le Covid-19 et j'en suis très fière ! » Darina s’étonne tout de même : à part elle, personne ne se presse au comptoir pour obtenir le fameux vaccin.

L’explication en est simple : malgré le succès technologique que représente Sputnik V, de nombreux Russes s’en méfient. C'est le cas d'Andreï et Tatiana qui n'envisagent pas une seconde de franchir la porte du centre de vaccination. « Je n’en vois pas la nécessité, dit la jeune femme. Bon, si pour aller en Europe il faut être vacciné... alors je le ferai. Mais sinon je ne vois pas vraiment à quoi ça sert. » « Au boulot, continue Andreï, ils ont proposé le vaccin à tout le monde, et sur 1 500 employés, seulement 30 ont accepté. Franchement moi non plus je n’en vois pas l'intérêt. »

Selon un sondage de l’institut Levada réalisé à la fin du mois de février, 62% des Russes n’envisagent pas de se faire vacciner. Certains estiment le vaccin inutile puisque la plupart des mesures de restrictions liées au Covid-19 ont été levées en Russie. Et puis les Russes se méfient du discours officiel sur l'efficacité de Spoutnik V. « Ce vaccin ne peut pas marcher, je ne crois pas ce que disent le gouvernement et les experts. Moi vous savez j’ai ma propre méthode : un cataplasme d’argile sur la poitrine ça soigne tous les virus en moins de trois jours » affirme cette femme avec le sourire.

Sur l’internet russe, les discours anti-vaccin prolifèrent – de même que les théories du complot. Et pour le médecin Tatiana Ilyina, qui travaille au centre de Vaccination du Goum, toutes ces théories alimentent le rejet de la vaccination. « Vous savez, ici, on a vacciné beaucoup d'étrangers, des Français qui vivent à Moscou, des Européens… C’est quand même dommage : eux viennent se faire vacciner, alors que les Russes ont peur de leur propre vaccin » soupire le médecin.

Pour convaincre les Russes de se faire vacciner, certaines régions ont décidé de les encourager financièrement. Non seulement le vaccin est gratuit, mais à Moscou les plus de 60 ans qui se font vacciner reçoivent désormais des bons d’achat d’une valeur de 1 000 roubles, soit un peu plus de onze euros.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail