En Inde, la demande en oxygène ne cesse d'augmenter, le cap des 20 millions de cas franchi

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Un homme marche avec une bouteille remplie alors que des membres de la famille de patients attendent dans la file d'attente pour remplir leurs bouteilles d'oxygène dans la région de Mayapuri à New Delhi, en Inde, le lundi 3 mai 2021. Les hôpitaux indiens ont du mal à assurer un approvisionnement régulier en oxygène, et de plus en plus de patients atteints de Covid-19 meurent au milieu des pénuries.
Un homme marche avec une bouteille remplie alors que des membres de la famille de patients attendent dans la file d'attente pour remplir leurs bouteilles d'oxygène dans la région de Mayapuri à New Delhi, en Inde, le lundi 3 mai 2021. Les hôpitaux indiens ont du mal à assurer un approvisionnement régulier en oxygène, et de plus en plus de patients atteints de Covid-19 meurent au milieu des pénuries. AP - Ishant Chauhan

L’Inde continue à battre des records de contaminations à la Covid-19. Le pays a dépassé les 400 000 contaminations quotidiennes ce weekend, pour plus de 3 600 décès. Presque tous ces malades ont besoin d’assistance respiratoire. L’oxygène est ainsi devenu le bien le plus précieux et le plus rare. Et tous les jours, une lutte vitale se tient donc devant les usines qui en distribuent.

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De notre correspondant à New Delhi,

Il est 16h et Baskshi Prasad a l’air hagard dans la chaleur de New Delhi. Cela fait 28h qu’il attend de pouvoir remplir une bouteille d’oxygène. Il a enfin atteint le devant de la file, mais rien n’est gagné. « Ils ont dit que ça arriverait à 9h, puis 11h, maintenant ils disent 17h… C’est comme cela depuis hier. Je survis en mangeant des biscuits. Mais je suis épuisé » soupire-t-il.

Dehors, une centaine de personnes attendent, avec angoisse, leurs bouteilles d’oxygène alignées sur le pavé. Tous ont un proche, malade du Covid-19, qui a besoin de cet oxygène. Mais la pénurie n’épargne personne. Javed Khan rebrousse chemin, après 35h d’attente. « Ma mère est très malade, sa concentration d’oxygène est tombée à 36, elle n’a pas d’oxygène depuis hier. Nous n’avons rien obtenu ici, mais un ami vient de m’appeler : sa mère vient de décéder. Nous allons donc récupérer sa bouteille d’oxygène », explique-t-il.

Cette usine de distribution d’oxygène, appelée Vaibhav, reçoit 18 tonnes d’air liquide par jour en ce moment, mais l’essentiel est donné aux grands hôpitaux, comme l’explique son directeur, Krishan Kumar. « Deux de mes camions citernes sont dans l’usine de production, en attendant d’être remplis. Deux autres sont sur le terrain, en train de livrer les hôpitaux. Les priorités de livraison sont données par le gouvernement. Et ce n’est pas facile, car la demande en oxygène ne cesse d’augmenter. Personne n’a  jamais vu une situation pareille. »

Les plus petits hôpitaux, eux, ne bénéficient pas de ces livraisons et doivent se débrouiller seuls. Sushil Roy est le chauffeur de la clinique Eden, qui compte une vingtaine de patients Covid dans le sud de la capitale. Il attend donc avec les autres à l’extérieur, devant les grilles installées par la police. « J’ai 10 grandes bouteilles dans la camionnette et je cours jour et nuit pour les remplir. Ici, je ne reçois rien, donc je vais partir dans une autre usine, à 40 km d’ici. 90% de nos patients ont besoin d’oxygène. Ces bouteilles, si je les remplis toutes, cela correspond à leur consommation d’une nuit », affirme le chauffeur.

Tous les jours, de nombreuses cliniques envoient des appels de détresse aux autorités, car leurs réserves d’oxygène sont sur le point de s’épuiser. Cela ne permet pas toujours d’éviter le pire : des dizaines de patients hospitalisés sont déjà morts à New Delhi par manque d’oxygène.

La barre des 20 millions de cas franchie en Inde

Il a fallu seulement quinze jours à l’Inde pour ajouter 5 millions de cas.

La progression est huit fois plus rapide que pendant ces derniers mois, et encore, le nombre de cas rapportés semble largement en dessous de la réalité : en Inde, un test de Covid-19 sur 4 sort positif, ce qui indique que l’on passe à côté de beaucoup de contaminations.

Le pays rapporte environ 400 000 cas par jour - un chiffre qui pourrait être deux fois plus élevé car le pays n’a pas les capacités pour tester davantage. La situation commence toutefois s’améliorer dans la région de Bombay, le premier foyer de cette 2e vague, qui se bat depuis un mois contre la pandémie. L’augmentation ralentit également à New Delhi et au Penjab, mais de manière encore faible. Par contre, le virus se répand de manière dramatique à l’est et au sud, devenus les nouveaux foyers.

L’Inde a donc encore de longues et difficiles semaines devant elle. 

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