Revue de presse Afrique

À la Une: la disparition de Béchir Ben Yahmed, fondateur de Jeune Afrique

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Des Unes du journal "Jeune Afrique" placardées sur un mur de Kigali, la capitale rwandaise, en août 2018.
Des Unes du journal "Jeune Afrique" placardées sur un mur de Kigali, la capitale rwandaise, en août 2018. © AFP - JACQUES NKINZINGABO

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L’hommage est unanime ce matin dans la presse du continent. Que ce soit dans la presse nord-africaine ou ouest-africaine, la plupart des quotidiens, périodiques ou sites d’information saluent la mémoire de Béchir Ben Yahmed, fondateur de Jeune Afrique.

« C’est hier, 3 mai, journée dédiée à la liberté de la presse, que Béchir Ben Yahmed a choisi pour nous fausser compagnie, relève WalfQuotidien à Dakar. Le fondateur de Jeune Afrique, est, en effet, décédé hier, des suites d’une contamination au Covid-19. Du haut de ses 93 ans, Béchir Ben Yahmed a vu défiler des générations de dirigeants africains, mais aussi français. Il a connu Senghor et Houphouët, fréquenté Hassan II, Jacques Foccart et François Mitterrand. De même que l’Égyptien Nasser, le Ghanéen Nkrumah, le Congolais Lumumba et l’Algérien Ben Bella. Il laisse à la postérité un empire médiatique constitué de plusieurs supports (papier et online) que vont se charger de perpétuer ses enfants, Marwane et Amir ainsi que sa veuve, Danièle, et son compagnon de toujours, François Soudan, actuel directeur de la rédaction de Jeune Afrique. »

Patron de presse à 27 ans, ministre à 28

À ses débuts, Béchir Ben Yahmed a oscillé entre politique et journalisme. « Fils d’un commerçant de Djerba, rappelle le site tunisien Réalités, diplômé de HEC, Béchir Ben Yahmed fait partie, de 1954 à 1956, de la délégation tunisienne négociant l’autonomie interne puis l’indépendance de la Tunisie. Dans la même période, en 1955, il fonde l’hebdomadaire L’Action, qui cesse de paraître en 1958. Le 15 avril 1956, il est nommé secrétaire d’État à l’Information dans le cabinet du Premier ministre Habib Bourguiba. Benjamin de l’équipe ministérielle, 28 ans, il ne siège pas à l’assemblée constituante car il n’a pas l’âge requis pour la députation. Entré en conflit avec la politique de Bourguiba devenu président, il démissionne du gouvernement en 1957 et fonde en octobre 1960 Afrique Action, qui devient Jeune Afrique en novembre 1961. »

Un visionnaire

« La mort d’un journaliste visionnaire », s’exclame Ledjely en Guinée. « Au-delà de la passion de l’information, il y allait avec le flair de l’homme d’affaire qui était l’autre trait de son caractère. Pour faire un tel choix, à l’aube des indépendances des pays africains, il fallait être animé d’une certaine vision, pointe le site guinéen. Et la suite devait lui donner raison. En effet, de son magazine, il a fini par faire un hebdomadaire (puis un mensuel aujourd’hui) qui compte et dont l’avis et le point de vue pèsent sur l’espace francophone du continent africain. Séduisant et impressionnant aussi bien les classes dirigeantes que les opposant malmenés ou quelques intellectuels affirmés, Jeune Afrique a fait montre d’une longévité singulière. »

Journalisme et communication politique

« Béchir Ben Yahmed était un véritable pionnier de la presse africaine, renchérit WakatSéra au Burkina. "C’est une certaine Afrique qui s’en est allée à travers ce grand témoin de notre histoire", a d’ailleurs déclaré hier le président nigérien, Mohamed Bazoum, rendant hommage à l’illustre disparu. »

WakatSéra qui rappelle toutefois la principale critique adressée à Jeune Afrique, à savoir la publication de publi-reportages politiques. « Bien des chefs d’État africains se sont refait, facilement, une virginité à travers les colonnes de JA. Rien de plus normal, affirme WakatSéra, surtout en ces temps de vaches maigres pour la presse. Sauf qu’il est important, souligne le site burkinabé, de bien mettre en évidence la démarcation entre l’information journalistique et la communication pure. Ce qui n’a pas été toujours le cas. »

60 ans d’existence !

En tout cas, malgré ses travers, malgré les soubresauts de l’Histoire et malgré la perte de vitesse de la presse écrite, Jeune Afrique est toujours là. Et comme le souligne le journal : « considéré à ses origines comme une gageure, Jeune Afrique célèbre cette année son soixantième anniversaire. Véritable école de journalisme où sont passés Frantz Fanon, Kateb Yacine et, plus récemment, les prix Goncourt Amin Maalouf et Leïla Slimani, JA a marqué des générations de lecteurs. Son influence lui a même valu d’être qualifié de "55e État d’Afrique". »

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